- Oum El Bouaghi
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Djazia, la
commune oubliée
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- Reportage réalisé par Zoubir Khélaifia(*)
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- Si on remonte le temps, Djazia, la
mythique berbère, s’ornait de ses plus beaux atours pour attirer sur
elle le regard des hommes subjugués par sa beauté mais surtout par son
intelligence aigue. Dhiab, le chef hilalien, tomba sous son charme au
point où, comme le rapporte les historiens, il n’hésita pas à commettre
les pires exactions lorsque Djazia épousa contre sa volonté un roi
romain qui menaçait de massacrer sa tribu si celle-ci s’opposa à cette
union. L’histoire de cette femme, d’origine princière, demeure toujours
vivace, notamment en région chaouie. Beaucoup de femmes portent
aujourd’hui son prénom. Une commune de la wilaya d’Oum El Bouaghi,
située à 60 km à l’est du chef lieu de wilaya, le porte aussi mais les
atours, les parures et les ornements ont cédé la place au dénuement et à
la misère. L’indigence étant telle qu’on se croirait sur une autre
planète.
- Classée, en 2000, comme la plus pauvre
commune du pays par des experts onusiens, Djazia souffre en silence,
dans la dignité aussi, sauf que ce silence et cette dignité la plongent
de plus en plus dans la misère qui se répercute affreusement sur le mode
de vie de ses citoyens résignés à leur triste sort malgré les efforts
consentis par les élus locaux. Une commune enclavée de 4255 habitants
où, dès que vous y mettez les pieds, un profond sentiment de désolation
vous envahit tant la misère est visible à l’œil nu, voire ostensible. Le
froid sibérien de cette période de l’année en rajoute son grain de sel
donnant à ce trou perdu une image fantomatique comme ce fût le cas lors
des années 90 lorsque celui-ci a été déserté par ses habitants pour fuir
le terrorisme qui régnait en maître sur les lieux. Plus de 70 personnes
ont, en effet, été assassinées et tous les édifices publics ont été
incendiés au moins une fois durant l’année 94, période où le terrorisme
faisait rage dans la région. Le siège de l’APC, l’agence PTT, le parc
communale, la garde communale et l’unique officine pharmaceutique ont
été en la cible d’attentats terroristes.
- D’une superficie de 19860 hectares,
cette localité à vocation agropastorale, et contrairement à ce l’on
pense, ne subsiste pas uniquement grâce à l’agriculture mais plutôt au
bois et au charbon des forêts avoisinantes qui s’étalent sur 9600
hectares. C’est pratiquement la seule source de vie des familles qui
sacrifient l’avenir de leurs enfants afin de les aider à subvenir à
leur besoin. La seule école primaire de Djazia se vide de plus en plus
de ses élèves préoccupés plutôt par ramasser du bois et du charbon que
d’acquérir la connaissance qui ne les nourrit ni eux ni leurs familles.
Le peu de collégiens et de lyciens de cette commune sont scolarisés dans
la daïras avoisinantes, à savoir Ain Beida et la Meskiana et rencontrent
les pires difficultés pour s’y rendre, la commune ne disposant que d’un
seul bus qui fait quotidiennement la navette.
- En 2000, et sous la coupe du ministère
de la solidarité, des émissaires de l’ONU ont établi une expertise sur
la situation sociale de cette commune, composée de 3 mechtas, Djazia,
Henchir Ouled Arama et El Forn. Ces experts ont alors élaboré un
programme d’action qui s’étale sur 5 ans mais sa traduction sur le
terrain tarde à voir le jour laissant installer la suspicion et jetant
l’opprobre sur les responsables locaux.
- Ce programme d’une valeur de 78
milliards de centimes, comporte la création d’une commune pilote dont
les objectifs se résument en la réalisation de tous les projets dans
différents secteurs. L’engouement autour de ce projet n’aura duré qu’une
seule année durant laquelle, 50 unités d’élevage de bovins, 17 unités
d’élevage de poulaillers, 25 projets curage et équipements de puits ont
été réalisés en plus de l’équipement des écoles des 3 mechtas et de la
réhabilitation de 150 logements à raison de 150.000 DA l’unité. C’est ce
qu’a affirmé, Belkhiri Abdellah, le P/APC de Djazia soutenu par son
secrétaire général, Larbi Berrah. Pour ce dernier « ce
programme approuvé par le président de la République est à l’arrêt
depuis 2001 » évitant manifestement de s’étaler sur la question ni
sur les raisons de cette interruption qui cause, à ne pas en douter, un
énorme préjudice à la commune dont 80% de la population est atteinte
d’une maladie chronique.
- Pour parer à cette inexplicable
interruption, le wali d’Oum El Bouaghi a installé une commission qui a
pour charge le contrôle, la gestion et le suivi du programme en
question. Ainsi, différentes directions de wilaya ont pris en charge des
projets collectifs et individuels. A titre d’exemple, 2 salles de soins
ont été construites respectivement en 2003 et en 2007, la couverture de
l’alimentation en eau potable est de l’ordre de 80%, l’électricité
rurale est quant à elle assurée à 64%. Lors de la visite du président de
la République en 2004, cette commune a bénéficié d’un centre de
formation professionnel qui est aujourd’hui opérationnel et qui renferme
une centaine de stagiaires environ, tous issus de cette commune. En Plus
de ce centre de formation, un CEM, d’une capacité de 720 élèves, est en
cours de réalisation. M.Berrah affirme à ce sujet « les travaux
avancent à très grands pas et tout sera fin prêt au mois d’août
prochain, c'est-à-dire durant la prochaine rentrée scolaire ».
- En 2007, Djazia a bénéficié de
1milliard 207 millions de centimes, une somme qui représente le budget
annuel alloué par l’état à la commune dont 75% sont affectés pour les
charges du personnel. Un montant dérisoire pour un village qui sombre
dans la pauvreté malgré les explications de S.G, Larbi Berrah. Celui-ci
soulignera « 200 millions vont à la précaution, c'est-à-dire la
quote-part
allouée à l’APC selon le nombre des habitants, la moins value est de
l’ordre de 257 millions tandis que la subvention d’équilibre des budgets
se chiffre à 750 millions ».
- Durant la même année, la Wilaya a
consenti d’énormes efforts pour le désenclavement. Pour relier le chef
lieu de la commune à El Forn, l’état a investi 2 milliards de centimes,
tandis que la réfection de la route menant à Ouled Arama a coûté
1milliard 800 millions de centimes. 500 millions ont été alloués au
forage dans cette commune du fait que l’eau y manque cruellement et
enfin 1milliard pour l’aménagement urbain.
- Même si du côté officiel on s’efforce,
chiffre à l’appui, à donner une reluisante image de la commune et à
vanter les mérites du wali d’Oum El Bouaghi, il n’en demeure pas moins
que les habitants de Djazia se plaignent du peu de considération qu’on
leur accorde dans la dite wilaya. La création de l’emploi demeure une
chimère, l’investissement étant aussi une illusion dans une commune qui
n’offre aucun avantage pour ceux qui oseraient s’y aventurer. Dans ce
registre, il est à noter que les diplômés du centre de formation
professionnel, et dans le cadre du programme du président de la
République, bénéficieront très prochainement d’une trentaine de magasins
qui sont fins prêts. Le P/APC dira « ces magasins donneront une autre
image à notre commune où même un café maure n’existe pas ».
- A défaut d’emploi, les chômeurs
investissent quotidiennement le siège de l’APC dans l’espoir de
s’inscrire dans le filet social qui soulagera un tant soit peu leur
misère. Les efforts consentis dans ce domaine sont insuffisants si l’on
se fie aux dires des citoyens, notamment ceux qui n’en bénéficient pas
« malgré plusieurs sollicitudes, on refuse sans explication aucune de
m’octroyer cette aide » dira un père d’une famille nombreuse.
Interrogé sur ce sujet, le S.G rétorquera « pas moins de 734 citoyens
sont touchés par cette aide. 517 rentrent dans le cadre des allocations
forfaitaires de solidarité et 217 autres bénéficient quant à eux des
indemnités d’activité d’intérêt général ».
- Il n’est pas sans dire qu’en l’état
actuel des choses, Djazia est durement lésée, voire carrément oubliée
même si dans les autres communes de la wilaya d’Oum El Bouaghi, à
l’image de Ain Beida, Ain M’lila, Ain Kercha, Sigus, F’kirina, Berriche,
la Meskiana, pour ne citer que celles-là, la situation socio-économique
n’est pas plus reluisante, notamment depuis la liquidation des
entreprises publiques.
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Encadré 1 :
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Trois
questions au P/APC de Djazia
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Depuis la visite des experts onusiens dans
votre commune en 2000, force est de constater que peu de choses y ont
bougé. Pouvez-vous en éclairer l’opinion publique ?
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- C’est vrai que tous nos espoirs
sont tombés à l’eau et que toutes les promesses sont restées en l’air.
Depuis cette visite, nous avons cru que notre commune sortira de sa
profonde léthargie et que de nouveaux horizons s’y dessineront,
malheureusement notre attente n’a que trop duré. Alors que nous nous
contentons de miettes, les autres communes de la wilaya bénéficient de
grands projets. Il est cependant à reconnaître que l’actuel wali ne
lésine pas sur les moyens pour rattraper le retard accumulé en matière
de développement de Djazia et toutes les mechtas environnantes. Il est
désolant aussi de dire que les autorités centrales, et à leur tête le
ministère de la solidarité, n’aient pas honoré leurs promesses.
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Justement en parlant du ministère de la
solidarité, plusieurs citoyens se plaignent de l’absence de moyens de
transport dans la commune et affirment que Ould Abbès a promis
d’apporter aide et assistance, notamment aux élèves de Djazia en leur
offrant un bus qui allégera leur souffrance. Qu’en dites-vous ?
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Sincèrement, depuis 2001, date de
l’interruption du programme de développement de notre commune, on n’a
pas cessé d’interpeller ce ministère sur le sujet mais force est de
constater que toutes nos doléances sont restées lettre morte pour ne pas
dire autre chose. Le seul problème qui me préoccupe profondément et qui
me tient à coeur est indubitablement la souffrance des collégiens et des
lycéens qui, faute de moyens de transport, se lèvent très tôt la matinée
pour se rendre à Ain Beida ou à la Meskiana , lieux de leur
scolarisation. Je lance un véritable SOS au ministère de la solidarité
afin de soulager ces innocents qui n’ont que trop souffert de
l’indifférence.
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En pleine période de scolarité, nous avons
constaté de visu des enfants de bas âge se dirigeant vers les forêts
avoisinantes pour ramasser le bois et le charbon. Vont-ils à l’école ou
l’ont-ils quittées pour une raison ou une autre ?
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C’est malheureux de le dire mais ces
enfants ne vont plus à l’école pour la simple raison que leurs familles
vivent dans l’indigence la plus totale. On a beau essayé d’expliquer à
ces familles que l’avenir de leurs enfants est en jeu mais rien n’y
fait. Une triste réalité qui prouve si besoin est que Djazia est la
laissée pour compte malgré nos différentes sollicitations auprès des
autorités concernées.
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Encadré 2 :
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Le gaz de ville arrive…
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Contrairement aux communes avoisinantes,
les habitants de Djazia se réchauffent toujours à la poêle au mazout,
pour ceux qui ont en les moyens, ou au charbon. Dans les deux cas de
figure, ces deux moyens utilisés n’arrivent pas au bout du froid
sibérien qui règne dans la région durant la saison hivernale. Selon le
secrétaire général de la commune, Berrah Larbi, le raccordement au gaz
de ville ne saurait tarder au grand bonheur des citoyens durement
réprouvés par la gelée et le froid.
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A ce titre, il indiquera « l’étude du
raccordement au gaz de ville a été déjà réalisée et le lancement des
travaux est prévu au mois de mars de l’année en cours ». Les
habitants se sont montrés, en revanche, très sceptiques à ces
déclarations comme a tenu à le souligner l’un d’eux « c’est toujours
la même rengaine mais on ne voit rien venir ». Renseignement pris,
la Sonelgaz s’engage à alimenter Djazia en gaz de ville dans les plus
brefs délais.
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Encadré 3 :
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Les fonctionnaires de l’APC grelottent de
froid
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Si les habitants de la commune n’ont pas
les moyens de combattre le froid, le chauffage censé réchauffer les
fonctionnaires de l’APC est à l’arrêt depuis plusieurs jours. C’est en
grelottant que ces derniers tentent bien que mal d’accomplir leur
mission dans des conditions aussi exécrables que celles-là.
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Malgré la bonne volonté du plombier de la
commune, le chauffage reste « de marbre », à défaut de dire de
givre.
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Ce reportage est réalisé en début du mois de février 2008.
- D'autres
écrits sur Ain Beida vont suivre
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