Zoubir Khélaifia

   
Le CV. de Zoubir par lui-même :

E-mail : madzo madzo <madzo2006@yahoo.fr>

Né un jour de l'été 1959 à la Zaouia, un quartier qui m'est immensément cher de par son hospitalité comme le sont les anciens quartiers de la ville.
C'est à l'école maternelle que j'ai fais mes premiers pas en 1964 avant de rejoindre l'école nouvelle, actuellement CEM El Antari, dont Bensiahmed Baniche était le directeur. D'ailleurs je me rappelle vaguement du jour où le CEG a été baptisé au nom de Ibn Sina par Taleb El Ibrahimi qui était à l'époque ministre de l'éducation.
J'ai fréquenté aussi le CEG à l'époque des Lubin, Guitar et Journée sans oublier bien sûr Akboudj, Lazhar Zemmouchi, que Dieu ait son âme, Lazhar Saouli, Kennouchi, Berrah, Adjel, Goumeidane et tant d'autres enseignants dont les noms m'échappent aujourd'hui et que je tiens à remercier pour leur sens de droiture et surtout leur acharnement à rendre service aux élèves de l'époque qui aujourd'hui représentent la fierté de la ville.
Après le cycle moyen, j'ai été admis au lycée polyvalent, actuellement Zinai El Hadj Belgacem, où je suis resté deux années pour ensuite rejoindre Alger et plus précisément le lycée Emir Abdelkader de Bab El Oued où j'ai décroché le baccalauréat avec mention.
La nostalgie m'a poussé à quitter Alger pour suivre des études en mathématiques qui m'ont permis d'enseigner cette matière pendant quelques années à Ibn Sina. Cette intermède m'a beaucoup aidé à bien réfléchir sur ma situation professionnelle. J'ai décidé donc de tout quitter pour me retrouver accidentellement dans le milieu de la presse écrite en 1989. Un métier qui m'a d'ailleurs passionné et que je n'ai plus quitté depuis. J'ai pratiquement exercé dans tous les quotidiens de langue française en occupant plusieurs postes de responsabilité, y compris celui de directeur de la publication d'un quotidien national.
   
     

Quelques uns de ses articles de la presse écrite

 
 
Oum El Bouaghi
Djazia, la commune oubliée
 
Reportage réalisé par Zoubir Khélaifia(*)
 
Si on remonte le temps, Djazia, la mythique berbère, s’ornait de ses plus beaux atours pour attirer sur elle le regard des hommes subjugués par sa beauté mais surtout par son intelligence aigue. Dhiab, le chef hilalien, tomba sous son charme au point où, comme le rapporte les historiens, il n’hésita pas à commettre les pires exactions lorsque Djazia épousa contre sa volonté un roi romain qui menaçait de massacrer sa tribu si celle-ci s’opposa à cette union. L’histoire de cette femme, d’origine princière, demeure toujours vivace, notamment en région chaouie. Beaucoup de femmes portent aujourd’hui son prénom. Une commune de la wilaya d’Oum El Bouaghi, située à 60 km à l’est du chef lieu de wilaya, le porte aussi mais les atours, les parures et les ornements ont cédé la place au dénuement et à la misère. L’indigence étant telle qu’on se croirait sur une autre planète.
Classée, en 2000, comme la plus pauvre commune du pays par des experts onusiens,  Djazia souffre en silence, dans la dignité aussi, sauf que ce silence et cette dignité la plongent de plus en plus dans la misère qui se répercute affreusement sur le mode de vie de ses citoyens résignés à leur triste sort malgré les efforts consentis par les élus locaux. Une commune enclavée de 4255 habitants où, dès que vous y mettez les pieds, un profond sentiment de désolation vous envahit tant la misère est visible à l’œil nu, voire ostensible. Le froid sibérien de cette période de l’année en rajoute son grain de sel donnant à ce trou perdu une image fantomatique comme ce fût le cas lors des années 90 lorsque celui-ci a été déserté par ses habitants pour fuir le terrorisme qui régnait en maître sur les lieux. Plus de 70 personnes ont, en effet, été assassinées et tous les édifices publics ont été incendiés au moins une fois durant l’année 94, période où le terrorisme faisait rage dans la région. Le siège de l’APC, l’agence PTT, le parc communale, la garde communale et l’unique officine pharmaceutique ont été en la cible d’attentats terroristes.
D’une superficie de 19860 hectares, cette localité à vocation agropastorale, et contrairement à ce l’on pense,  ne subsiste pas uniquement grâce à l’agriculture mais plutôt au bois et au charbon des forêts avoisinantes qui s’étalent sur 9600 hectares. C’est pratiquement la seule source de vie des familles qui sacrifient l’avenir de leurs enfants  afin de les aider à subvenir à leur besoin. La seule école primaire de Djazia se vide de plus en plus de ses élèves préoccupés plutôt par ramasser du bois et du charbon que d’acquérir la connaissance qui ne les nourrit ni eux ni leurs familles. Le peu de collégiens et de lyciens de cette commune sont scolarisés dans la daïras avoisinantes, à savoir Ain Beida et la Meskiana et rencontrent les pires difficultés pour s’y rendre, la commune ne disposant que d’un seul bus qui fait quotidiennement la navette. 
En 2000, et sous la coupe du ministère de la solidarité, des émissaires de l’ONU ont établi une expertise sur la situation sociale de cette commune, composée de 3 mechtas, Djazia, Henchir Ouled Arama et El Forn. Ces experts ont alors élaboré un programme d’action qui s’étale sur 5 ans mais sa traduction sur le terrain tarde à voir le jour laissant installer la suspicion et jetant l’opprobre sur les responsables locaux.
Ce programme d’une valeur de 78 milliards de centimes, comporte la création d’une commune pilote dont les objectifs se résument en la réalisation de tous les projets dans différents secteurs. L’engouement autour de ce projet n’aura duré qu’une seule année durant laquelle, 50 unités d’élevage de bovins, 17 unités d’élevage de poulaillers, 25 projets curage et équipements de puits ont été réalisés en plus de l’équipement des écoles des 3 mechtas et de la réhabilitation de 150 logements à raison de 150.000 DA l’unité. C’est ce qu’a affirmé, Belkhiri Abdellah, le P/APC de Djazia soutenu par son secrétaire général, Larbi Berrah. Pour ce dernier « ce programme approuvé par le président de la République est à l’arrêt depuis 2001 » évitant manifestement de s’étaler sur la question ni sur les raisons de cette interruption qui cause, à ne pas en douter, un énorme préjudice à la commune dont 80% de la population est atteinte d’une maladie chronique.
Pour parer à cette inexplicable interruption, le wali d’Oum El Bouaghi a installé une commission qui a pour charge le contrôle, la gestion et le suivi du programme en question. Ainsi, différentes directions de wilaya ont pris en charge des projets collectifs et individuels. A titre d’exemple, 2 salles de soins ont été construites respectivement en 2003 et en 2007, la couverture de l’alimentation en eau potable est de l’ordre de 80%, l’électricité rurale est quant à elle assurée à 64%. Lors de la visite du président de la République en 2004, cette commune a bénéficié d’un centre de formation professionnel qui est aujourd’hui opérationnel et qui renferme une centaine de stagiaires environ, tous issus de cette commune. En Plus de ce centre de formation, un CEM, d’une capacité de 720 élèves, est en cours de réalisation. M.Berrah affirme à ce sujet « les travaux avancent à très grands pas et tout sera fin prêt au mois d’août prochain, c'est-à-dire durant la prochaine rentrée scolaire ».
En 2007, Djazia a bénéficié de 1milliard 207 millions de centimes, une somme qui représente le budget annuel alloué par l’état à la commune dont 75% sont affectés pour les charges du personnel. Un montant dérisoire pour un village qui sombre dans la pauvreté malgré les explications de S.G, Larbi Berrah. Celui-ci soulignera « 200 millions vont à la précaution, c'est-à-dire la quote-part allouée à l’APC selon le nombre des habitants, la moins value est de l’ordre de 257 millions tandis que la subvention d’équilibre des budgets se chiffre à 750 millions ».
Durant la même année, la Wilaya a consenti d’énormes efforts pour le désenclavement. Pour relier le chef lieu de la commune à El Forn, l’état a investi 2 milliards de centimes, tandis que la réfection de la route menant à Ouled Arama a coûté 1milliard 800 millions de centimes. 500 millions ont été alloués au forage dans cette commune du fait que l’eau y manque cruellement et enfin 1milliard pour l’aménagement urbain.
Même si du côté officiel on s’efforce, chiffre à l’appui, à donner une reluisante image de la commune et à vanter les mérites du wali d’Oum El Bouaghi, il n’en demeure pas moins que les habitants de Djazia se plaignent du peu de considération qu’on leur accorde dans la dite wilaya. La création de l’emploi demeure une chimère, l’investissement étant aussi une illusion dans une commune qui n’offre aucun avantage pour ceux qui oseraient s’y aventurer. Dans ce registre, il est à noter que les diplômés du centre de formation professionnel, et dans le cadre du programme du président de la République, bénéficieront très prochainement d’une trentaine de magasins qui sont fins prêts. Le P/APC dira « ces magasins donneront une autre image à notre commune où même un café maure n’existe pas ».
A défaut d’emploi, les chômeurs investissent quotidiennement le siège de l’APC dans l’espoir de s’inscrire dans le filet social qui soulagera un tant soit peu leur misère. Les efforts consentis dans ce domaine sont insuffisants si l’on se fie aux dires des citoyens, notamment ceux qui n’en bénéficient pas « malgré plusieurs sollicitudes, on refuse sans explication aucune de m’octroyer cette aide » dira un père d’une famille nombreuse. Interrogé sur ce sujet, le S.G rétorquera « pas moins de 734 citoyens sont touchés par cette aide. 517 rentrent dans le cadre des allocations forfaitaires de solidarité et 217 autres bénéficient quant à eux des indemnités d’activité d’intérêt général ».
Il n’est pas sans dire qu’en l’état actuel des choses, Djazia est durement lésée, voire carrément oubliée même si dans les autres communes de la wilaya d’Oum El Bouaghi, à l’image de Ain Beida, Ain M’lila, Ain Kercha, Sigus, F’kirina, Berriche, la Meskiana, pour ne citer que celles-là, la situation socio-économique n’est pas plus reluisante, notamment depuis la liquidation des entreprises publiques. 
 
Encadré 1 :
 
 Trois questions au P/APC de Djazia
 
Depuis la visite des experts onusiens dans votre commune en 2000, force est de constater que peu de choses y ont bougé. Pouvez-vous en éclairer l’opinion publique ?
-         C’est vrai que tous nos espoirs sont tombés à l’eau et que toutes les promesses sont restées en l’air. Depuis cette visite, nous avons cru que notre commune sortira de sa profonde léthargie et que de nouveaux horizons s’y dessineront, malheureusement notre attente n’a que trop duré. Alors que nous nous contentons de miettes, les autres communes de la wilaya bénéficient de grands projets. Il est cependant à reconnaître que l’actuel wali ne lésine pas sur les moyens pour rattraper le retard accumulé en matière de développement de Djazia et toutes les mechtas environnantes. Il est désolant aussi de dire que les autorités centrales, et à leur tête le ministère de la solidarité, n’aient pas honoré leurs promesses.
Justement en parlant du ministère de la solidarité, plusieurs citoyens se plaignent de l’absence de moyens de transport dans la commune et affirment que Ould Abbès a promis d’apporter aide et assistance, notamment aux élèves de Djazia en leur offrant  un bus qui allégera leur souffrance. Qu’en dites-vous ?
-         Sincèrement, depuis 2001, date de l’interruption du programme de développement de notre commune, on n’a pas cessé d’interpeller ce ministère sur le sujet mais force est de constater que toutes nos doléances sont restées lettre morte pour ne pas dire autre chose. Le seul problème qui me préoccupe profondément et qui me tient à coeur est indubitablement la souffrance des collégiens et des lycéens qui, faute de moyens de transport, se lèvent très tôt la matinée pour se rendre à Ain Beida ou  à la Meskiana , lieux de leur scolarisation. Je lance un véritable SOS au ministère de la solidarité afin de soulager ces innocents qui n’ont que trop souffert de l’indifférence.
En pleine période de scolarité, nous avons constaté de visu des enfants de bas âge se dirigeant vers les forêts avoisinantes pour ramasser le bois et le charbon. Vont-ils à l’école ou l’ont-ils quittées pour une raison ou une autre ?
-         C’est malheureux de le dire mais ces enfants ne vont plus à l’école pour la simple raison que leurs familles vivent dans l’indigence la plus totale. On a beau essayé d’expliquer à ces familles que l’avenir de leurs enfants est en jeu mais rien n’y fait. Une triste réalité qui prouve si besoin est que Djazia est la laissée pour compte malgré nos différentes sollicitations auprès des autorités concernées.
 
Encadré 2 :
 
Le gaz de ville arrive…
Contrairement aux communes avoisinantes, les habitants de Djazia se réchauffent toujours à la poêle au mazout, pour ceux qui ont en les moyens, ou au charbon. Dans les deux cas de figure, ces deux moyens utilisés n’arrivent pas au bout du froid sibérien qui règne dans la région durant la saison hivernale. Selon le secrétaire général de la commune, Berrah Larbi, le raccordement au gaz de ville ne saurait tarder au grand bonheur des citoyens durement réprouvés par la gelée et le froid.
A ce titre, il indiquera « l’étude du raccordement au gaz de ville a été déjà réalisée et le lancement des travaux est prévu au mois de mars de l’année en cours ». Les habitants se sont montrés, en revanche, très sceptiques à ces déclarations comme a tenu à le souligner l’un d’eux « c’est toujours la même rengaine mais on ne voit rien venir ». Renseignement pris, la Sonelgaz s’engage à alimenter Djazia en gaz de ville dans les plus brefs délais.
 
Encadré 3 :
 
Les fonctionnaires de l’APC grelottent de froid
Si les habitants de la commune n’ont pas les moyens de combattre le froid, le chauffage censé réchauffer les fonctionnaires de l’APC est à l’arrêt depuis plusieurs jours. C’est en grelottant que ces derniers tentent bien que mal d’accomplir leur mission dans des conditions aussi exécrables que celles-là.
Malgré la bonne volonté du plombier de la commune, le chauffage reste « de marbre », à défaut de dire de givre.
 
(*)  Ce reportage est réalisé en début du mois de février 2008.
D'autres écrits sur Ain Beida vont suivre
 
   
     
 
Abdellah Fezzani, ex-joueur de l’USM Aïn Beïda La mort ne le fera pas oublier
 
Par Zoubir Khélaifia ( le jeune Indépendant Jeudi 07/08/2008)
 
Il a vécu pour le football et il est mort pour lui. Il a tout donné à cette discipline, y compris sa vie. Il a été foudroyé par une crise cardiaque au cours d’une rencontre de football mais son nom est resté pour la postérité.

Même mort, les amoureux de l’USM Aïn Beïda continuent toujours d’évoquer ses exceptionnelles prestations aux côtés de son frère Chérif, et de Kamel Kouachi, une triplette magique du milieu de terrain qui a fait des malheurs dans tous les stades d’Algérie. De Tébessa à Tlemcen, le nom des frères Fezzani revient souvent sur toutes les lèvres mais le défunt Abdellah était de loin le maître des terrains. Il était toujours l’homme des situations inextricables.
A lui seul, il renversait les plus
délicates. Fezzani Abdellah, surnommé Claps, que Dieu ait son âme, était d’une efficacité redoutable que ce soit en tant que buteur ou auteur de passes décisives. D’une clairvoyance rarissime, ce frêle joueur à la peau noire a été derrière tous les exploits de l’USM Aïn Beïda, y compris en division1. Homme aux principes inébranlables, Abdellah, convoité à l’époque par les plus grandes équipes du pays, refusait les alléchantes offres rien que pour faire plaisir à sa défunte mère dont il était l’aîné et qui tenait à lui comme à la prunelle de ses yeux. Mais comme tout a une fin, ce merveilleux joueur, qui n’a jamais fumé une cigarette, est décédé alors qu’il défiait les jeunes sur un terrain vague où il faisait encore des miracles et où les jeunes restaient éblouis tant par sa technique, qui est restée intacte malgré le poids des années, que par son endurance physique.
Le destin en a voulu ainsi. Abdellah a rencontré la faucheuse sur un terrain de football laissant derrière lui une famille nombreuse dont deux garçons qui ont suivi le même chemin que lui. Mais réussiront-ils un jour à égaler son talent ? Rien n’est sûr si l’on sait que l’aîné des Fezzani avait, pendant de longues années, fait rêver les amoureux du ballon rond. Même à titre posthume, le parcours de ce génie vaut la peine d’être relaté, pour au moins lui rendre hommage, lui qui, de son vivant, souffrait de voir son équipe de toujours, l’USM Aïn Beïda, végéter dans les profondeurs faute de dirigeants dignes de ce nom.
La révélation
Il n’avait que 3 ans lorsque son père est décédé en 1957. Il a connu une enfance malheureuse et difficile. Sa défunte mère le prend alors en charge en compagnie de sa sœur et de son frère Chérif âgé seulement d’un an. Cette famille souffrit alors le martyre. Leur mère trouvait toutes les peines du monde à les nourrir, notamment au sortir de la guerre d’Algérie. C’est la raison pour laquelle il vouait un respect sans limite à cette mère qui s’est dévouée corps et âme pour que ces enfants grandissent dans la dignité.
Abdellah a commencé comme tous les bambins à taper dans un ballon dans la rue. Dans son quartier, on lui prédisait un avenir des plus radieux. C’est dans ce même quartier, la cité des résistants appelée village nègre du temps du colonialisme, qu’il s’est révélé alors qu’il n’avait que 13 ans. Sa maîtrise et son savoir-faire attire l’attention des dirigeants de l’époque qui lui font signer une licence à l’USM Aïn Beïda. Sa progression est fulgurante. Claps brûlera vite les étapes puisqu’il sera appelé à participer aux rencontres seniors alors qu’il était junior 1re année. Auparavant, il évoluait avec une facilité déconcertante. Dans toutes les rencontres, il surclassait ses coéquipiers et ses adversaires. L’inter gauche qu’il était avait une vision de jeu hors du commun et alimentait sans cesse sur un plateau les attaquants de pointe. Tous ceux qui l’avaient comme coéquipier reconnaissent aujourd’hui l’immense talent de cette perle rare qui a tant émerveillé par ses prestations dignes des grands footballeurs.
Un parcours sans faille
Claps a croisé le fer avec toutes les vedettes de l’époque, à l’image des Belloumi, Madjer, Assad et tant d’autres qui ont fait les beaux jours du football algérien. A 18 ans, il étrenne sa carrière en équipe senior contre l’USM Khenchela des Khiari, Boukolt et Gasmi. Il avait comme partenaires les non moins talentueux Daroui, Mohammedi, Bouadis, Ghorab et Chaâbani, une génération qui portaient dans le cœur les couleurs de cette équipe d’Aïn Beïda. Son baptême de feu, il l’inscrira en lettres d’or. Pour sa première apparition, Abdellah était l’homme de la rencontre en question puisqu’il inscrivit, ce jour-là, les deux buts de la victoire. Il connut ensuite un parcours exceptionnel que lui enviaient pas mal de joueurs de son époque. En 1980, il est, sans surprise, élu meilleur jeune footballeur de l’Est algérien. Une juste récompense pour Abdellah dont la qualité technique faisait vibrer le stade Méziani-Abderrahmane où évoluait l’USM Aïn Beïda, équipe avec laquelle il connaîtra des moments pleins de joie et de bonheur. Aux Côtés des Bentayeb, Amokrane, son frère Chérif, Djertli, Bellili, Ouettar, Djefafla, Khellafi et tant d’autres noms, il fera accéder son équipe en nationale 1 en 1981. Une accession vécue dans l’euphorie par toute la ville d’Aïn Beïda. L’année d’après, c’est-à-dire en 1982, il contribua à l’accession de la deuxième équipe de la ville, l’USCAB. Il ne résista pas à l’appel du cœur. Son retour à ses premières amours fut récompensé par une autre accession de l’USMAB en division une en 1985. En somme, ce joueur a eu l’honneur de participer à tous les exploits de son équipe qui connut, après le départ en retraite de sa génération, les affres de la relégation. Même si de son vivant il a fait un petit crochet à l’US Chaouia, il est resté fidèle à son équipe au point où il ne cessait de se lamenter sur son sort et sur le sort des jeunes livrés à eux-mêmes.
La reconversion
Après une longue carrière, Claps s’est reconverti en entraîneur des catégories jeunes, fonction qu’il occupa jusqu’à sa mort, le jeudi 31 mai 2007. Avec le peu de moyens dont il disposait il a essayé tant bien que mal de transmettre ses connaissances footballistiques aux nouvelles générations. Malheureusement, lui aussi a subi, comme d’autres entraîneurs de jeunes, les affres de la marginalisation. Pourtant, il voulait, à travers la formation, voir son équipe reprendre la place qui lui sied dans le football algérien. Mais les embûches, les entraves et les coups bas sont devenus monnaie courante dans le monde du ballon rond. Abdellah prit son mal en patience jusqu’au jour où les anciens joueurs ont décidé d’agir pour assainir la situation. A travers l’association des fidèles de l’USMAB dont il était le principal fondateur, il revit une seconde jeunesse. Il avait tant de projets pour l’équipe qui malheureusement ont tourné court même s’il a eu l’insigne honneur d’arriver à ses fins : remettre l’équipe entre les mains de dirigeants honnêtes. Un pari réussi du moment qu’il a, en compagnie d’anciens joueurs et de supporters, de barrer la route aux opportunistes et aux arrivistes. Il participa aussi à l’organisation de plusieurs manifestations sportives dont la plus réussie reste indubitablement le jubilé de Chaâbani dit Tata. Cette même association qui a pris en charge ses obsèques et a soutenu sa famille dans malheur qui s’est abattue sur elle.
La fin
Connu aussi pour son humour, surtout lorsqu’il est «titillé» par son chef d’agence Ali Yahiaoui, Abdellah, qui vouait un respect sans limite à l’ex-président de l’USMAB, M’hamed Zemmouchi, faisait rire tout le monde quand il se mettait en colère. Agent de pharmacie, il a appris le français sur le tas grâce justement à Zemmouchi qui était beaucoup plus son père que son président. A la fin du travail, il prenait la route des stades où il étalait son talent au grand étonnement des jeunes. Il passa de vie à trépas sur un terrain de football jetant l’émoi dans toute la ville d’Aïn Beïda qui, dans un cortège funèbre des plus émouvant, l’a accompagné dans sa dernière demeure. Même mort, son talent continue d’alimenter les discussions des fans de l’USMAB qui pendant très longtemps ont eu à admirer le talent de l’un des plus grands joueurs qu’Aïn Beïda ait enfanté.
Z. K.
   
     
 
Aïn Beïda (Oum El-Bouaghi) Les excroissances d’une ville
 
Par Zoubir Khélaifia [in le Jeune indépendant du Dimanche 28/09/2008, page 7 ]
 
Aïn Beïda a perdu son lustre d’antan. Cette ville, qui a enfanté Rachid Boudjedra, Mohamed El-Aïd Al-Khalifa, Hasna Zinai, Rachid Koreichi et Abdelouhab Salim, tous d’illustres intellectuels et artistes, agonise et s’éteint à petit feu.

Sous-préfecture au temps de la guerre d’Algérie, cette cité a été sévèrement sanctionnée par le découpage administratif du milieu des années 1970, qui a vu Oum El-Bouaghi s’élever au rang de wilaya. Mais les véritables problèmes ne se résument pas uniquement à ce découpage mais à l’absence totale d’investissements faisant d’Aïn Beïda une ville assistée qui ne dépend désormais que des subventions de l’Etat. Depuis presque deux décennies, aucun projet digne de ce nom n’a vu le jour dans la ville des Haraktas, cette grande tribu chaouie. La création d’emplois, tributaire des investissements est au point mort faisant d’Aïn Beïda l’une des villes du pays où le chômage fait rage.
En effet, depuis que les entreprises publiques ont mis la clé sous le paillasson, les habitants d’Aïn Beïda souffrent le martyre. Il est pratiquement impossible de dénicher un boulot que ce soit dans le secteur public ou privé. Pour résumer la situation, le travail est quasi inexistant à Aïn Beïda. Il en est de même à Aïn M’lila, la deuxième plus grande ville de la wilaya d’Oum El-Bouaghi, ou encore à Aïn Fakroun, Aïn Kercha, La Meskiana et enfin Sigus. Le taux de chômage a atteint des proportions alarmantes, à tel point que les jeunes, désespérés versent dans la délinquance, le banditisme, la drogue et enfin la harga, un phénomène nouveau, mais qui fait ravage au sein de la jeunesse de cette wilaya de l’est du pays. Le nombre d’inscrits au filet social de cette commune dépasse, selon certaines indiscrétions, tout entendement. Des centaines de chômeurs investissent régulièrement le siège de l’APC dans l’espoir de décrocher le ticket gagnant, celui de voir leur nom figurer sur la liste des heureux élus du filet social.
L’élévation de la ville d’Aïn Beïda au rang de wilaya déléguée contribuera certainement à alléger le poids du chômage, notamment pour la catégorie des jeunes universitaires accablés par l’oisiveté et la tentation de traverser la Méditerranée en quête de cieux plus cléments. Car pour le moment, rien, absolument rien, ne se profile à l’horizon. Le bureau de l’emploi de cette ville est quotidiennement assiégé par ces jeunes à la recherche du moindre espoir, de l’éclaircie qui, un tant soit peu, illuminera leur sombre quotidien. Madjid, fraîchement diplômé de l’université d’Oum El-Bouaghi, en est le parfait exemple : «J’aurais souhaité ne jamais avoir terminé mes études car la déception est inévitable dans une ville où dénicher un boulot relève tout simplement de l’utopie» a-t-il indiqué sur un ton plein d’amertume. Madjid a un seul projet en tête, prendre le large et en finir définitivement avec l’assistanat. Dans ce sens, il ajoute : «J’en ai marre d’être pris en charge par mes parents. Je m’en veux terriblement. C’est la raison qui me pousse à songer à quitter définitivement le pays.»
Si les autres villes de la wilaya, à l’image d’Oum El-Bouaghi, d’Aïn M’lila et d’Aïn Fakroun sont relativement épargnées par le chômage, Aïn Beïda, en revanche, en souffre terriblement. La nouvelle équipe qui gère les affaires de la commune, à sa tête le P/APC, Rabah Kadri, tente tant bien que mal de colmater les brèches. Le chômage, le mal-vivre, les maux sociaux et l’insécurité sont malheureusement fort ancrés dans la cité, comme a tenu à le souligner un retraité du secteur de la santé, Tahar. «Aïn Beïda a perdu toutes ses valeurs et ses enfants le sens de la solidarité qui jadis faisait notre fierté.» Durant les quelques jours que nous avons passés dans la ville des Haraktas, un fait bizarre a attiré notre attention. La nuit, Aïn Beïda est livrée à elle-même. Aucun policier, même pas au centre-ville. «Depuis longtemps, nous avons perdu l’habitude de voir des policiers faire les rondes de nuit», a expliqué un chauffeur de taxi qui a insisté sur l’absence d’utilité de boucler la ceinture de sécurité.
La culture qui, dans un passé pas très lointain, faisait d’Aïn Beïda l’une des villes où se concentrent les intellectuels est aujourd’hui presque inexistante. Les centres culturels sont réduits à leur plus simple expression. D’ailleurs, personne là-bas n’a le sentiment que ces centres existent. Khemissi, un amoureux de la lecture qui se lamente de voir sa ville natale sombrer dans l’inculture nous indique : «Cela fait très longtemps que notre ville n’a pas abrité de manifestations culturelles. Ni pièces de théâtre ni soirées musicales et encore moins des expositions de livres ou de tableaux. Rien de tout ça, même si la ville regorge d’artistes peintres à l’image des frères Boumegoura, Benmecheri Rachid, Chafaï Chawki, Abdellaoui Mourad et Louafi Djamel, pour ne citer que ceux-là. La culture est reléguée aux calendes grecques par la faute de responsables opportunistes, incultes qui n’ont d’autres soucis qui de satisfaire leurs intérêts bassement mercantiles. Il est vraiment navrant qu’une ville comme Aïn Beïda, Marcimeni du temps des Romains, ne recèle, aujourd’hui aucune librairie digne de ce nom. Les 200 000 âmes qui y habitent n’ont vraiment rien à se mettre sous la dent. Encore moins, les mordus de la lecture qui sont obligés d’aller à Constantine ou à Annaba pour acheter des livres car depuis la fermeture des librairies de Merrouche et Sedrati, celles des livres religieux pullulent aujourd’hui comme des champignons. La course à l’enrichissement a relégué au dernier plan la culture qui se classe aujourd’hui à dernière place dans l’échelle des valeurs sociales.
D’ailleurs, c’est cette même course qui a porté le coup de grâce au sport, en général et au football en particulier. Cette discipline est à l’agonie par la faute de dirigeants qui s’entre-déchirent au détriment de son développement à Aïn Beïda, dont l’équipe première, l’USMAB, faisait trembler les grandes équipes du pays. Les Amokrane, Djertli, Bentayeb et les frères Fezzani ne font désormais partie que des souvenirs quand ils régalaient par leurs prouesses les mordus de la balle ronde. Autres temps, autres mœurs. A défaut d’autres activités, tous les regards sont naturellement braqués sus les équipes de football. Malheureusement, les luttes intestines sont telles que le wali d’Oum El-Bouaghi a eu cette incartade, qui est désormais sur toutes les lèvres des habitants d’Aïn Beïda «Bled el-bouff». Il faisait allusion à ces luttes et au délaissement des autres disciplines au profit du seul football, la seule discipline sportive qui fonctionne à plein temps. A l’USMAB, deux clans s’entre-déchirent pour une histoire de leadership, au détriment de l’équipe qui, pendant de très longues années, périclite en interrégions. A peine le championnat commencé, que l’équipe est déjà en proie à de profondes dissensions entre ses dirigeants. Les mêmes scénarios des années précédentes se reproduisent, empêchant l’équipe d’évoluer dans un climat sain et lui permettant de regagner sa place parmi les clubs de D II. Un souhait partagé par tous les habitants d’Aïn Beïda mais qui malheureusement tarde à se concrétiser. Pourtant le P/APC et président de l’équipe, Rabah Kadri, connaît très bien les rouages de l’équipe pour l’avoir dirigée durant l’année footballistique 1985-1986.
Bien connaître la maison ne suffit pas si les bonnes volontés sont marginalisées. C’est la même chose pour la deuxième équipe de la ville, l’USCAB. Celle-ci vit les moments les plus pénibles de sa jeune histoire. A un seul palier au-dessous de l’USMAB, l’équipe communale n’a pas échappé, elle aussi, aux luttes de clans. Le président Mansouri Abdelkrim, fraîchement élu à la tête de l’équipe, est contesté par une partie des dirigeants qui lui reprochent d’être illégalement élu, en plus de plusieurs autres griefs qu’ils ont à son égard. La liste des reproches a été transmise au wali et au directeur du secteur de la jeunesse et des sports dans le but d’annuler les décisions de l’AG. Surtout qu’ils détiennent des documents très compromettants dont nous avons obtenu une copie.
Nounou Rouag, un mordu de l’USMAB a eu cette réflexion qui en dit long sur l’état du football à Aïn Beida. «Tout le monde est venu pour ses intérêts. Dans ces conditions, l’USMAB ne connaîtra jamais l’accession.»
Dans ce sombre tableau, mais dans un autre contexte, un tour dans la rue des Saymines nous renseigne sur les traditions d’Aïn Beida où la zlabia est très convoitée par les habitants de toutes les villes environnantes. Hamid Djouani, l’un des plus anciens commerçants versés dans la vente de zlabia continue toujours de donner du plaisir aux jeûneurs sans oublier la chorba chaouie toujours aussi succulente.
Saha f’tourkoum.
Z. K.
   
     
Notre Moudjahida et héroine de la guerre de libération qui a été capturée
durant la bataille d'Alger puis torturée et condamnée à mort,
elle est en compagnie des journalistes : Djakoune & Khélaifia Zoubir