TIDJANIA (**)
En ce temps là l'Algérie comptait sept ordres religieux les plus important qui sont :

1 - Ordre de Sidi Abdelkader El Djilali (Bagdad, Iraq)

2 - Ordre de Mouléi Taieb (Ouazzan, Maroc)

3 - Ordre des Aiçaoua de Sidi Mohamed Ben Aiça (Mèknes, Maroc)

4 - Ordre de Sidi Mohamed Ben Abderahmane Bou Guebrin (Alger, Algérie)

5 - Ordre de Sidi Youcef El Hansali (Constantine, Algérie)

6 - Ordre de Sidi Ahmed Tédjani (Ain Madhi, Algérie)

7 - Ordre des Derkaoua (Derka-Fès, Maroc)

L 'ordre de Sidi Ahmed Tédjini étant le plus récent de tous les ordres en Algérie. Il fut fondu à Ain Madhi (Laghouat) par le marabout dont il porte le nom, nom devenu célèbre par la guerre qui éclata il y a quelques années entre un membre de cette famille et Abdelkader.L'ordre, à peine fondu, eut à lutter contre les turcs, qui, jaloux de l'influence du marabout, vinrent l'assiéger à Ain Madi. Mais Sidi Ahmed parvint à les repousser et finit même par obtenir l'amitié et l'appui du pacha, plus tard il se retira à Fès où il mourut. Une kouba magnifique fut élevée sur sa tombe.Sidi Ahmed avait institué avant sa mort pour khalifa de ses khouan Sidi Hadj Ali de Témacine (Touggourt). Hadj Ali mourut dans le cours de 1844. Il eut pour successeur le fils de Sidi Ahmed, fondateur de l'ordre, Sidi Mohamed Srir Tédjini. C'est lui qui commande à Ain Madhi et contre lui que fut dérigée en 1838, par l'Emir Abdelkader la célèbre expédition d'Ain Madhi. L'ordre de Sidi Ahmed Tédjini compte environ 500 membres à Constantine, un grand nombre de nomades au Sahara et tous les habitants de Témacine en font partie. On trouve en outre les frères de l'ordre à la Mècque, à Fès, au Maroc, en Tunisie et dans dans toute l'Afrique musulmane. Cet ordre possède quatre mosquées à Tunis, deux à Constantine, deux à Alger, une à Annaba...

Telles sont les confréries musulmanes; telles sont les associations, qui depuis longtemps étendent sur l'Algérie une sorte de réseau invisible, qui enserre l'occupant à son insu. Comme toutes les institutions religieuses, elles prétendent n'avoir aucun souci des affaires politiques : à les entendre les choses de ce monde ne les regardent pas; mais, tout en feignant de ne pas s'en mêler, elles y prennent la part la plus active qu'elles peuvent; c'étaient elles qui recueillaient et faisaient parvenir pendant la guerre, soit à l'émir, soit aux autres ennemis de l'occupant, les offrandes des fidèles; elles qui assuraient les mouvements de fonds, qui transportaient les correspondances, qui préparaient et organisaient les stratégies. En temps de calme elles agissaient dans l'ombre; mais dès que la lutte s'engage contre l'occupant elles apparaissent au dessus des groupes luttants , comme des étendards cachés qui se déploient au vent de la tempète. Alors surgissent de l'ombre des hommes qui étaient jusque là inconnus, qui sortent et que l'occupant ne sait d'où, qui s'élèvent en un instant aux plus hautes dignités, sans savoir pourqoi; qui exercent sur les masses une autorité dont on n'aperçoit pas la base, qui propagent l'insurection par des courants invisibles, dont la rapidité effraye l'occupantet dont le secret lui échappe.

Mais il se trouve que ces confréries sont hostiles les unes aux autres d'où la brèche pour l'occupant : ainsi la confrérie de Mouléi Taieb, qui domine dans le Maroc, et celle de Mouléi Abdelkader, qui grandit en s'avançant vers l'est, vivent dans un état de lutte perpétuel. Cette circonstance n'est pas étrangère sans doute à l'inimitié qui existe entre l'émir, dont le père était un des dignitaires de l'une, et Hadji El Larbi, qui est le grand maître de l'autre. Peut être même la haine de l'empereur pour le fils de Mahiddin cache-t-elle une rivalité de couvent.

Des sept confréries qui viennent d'être passées en revue, la plus importante, par le nombre et le rang des affiliés, est celle de Mouléi Taieb. Du fond de sa petite ville d'Ouezzane (Maroc) le khalifat Hadji El Arbi correspond avec le Maroc et l'Algérie, tel le pape du moyen âge, il étend son action à toute l'échelle sociale, depuis le fellah jusqu'à l'empereur. Il dispose à son gré de toutes les consciences; c'est lui qui désigne le successeur de l'empire et le nouveau sultan vient recevoir l'investiture de ses mains. Des sept confréries, trois ont leur siège principal au Maroc, trois ont pris naissance en Algérie; une seule sort du berceau de l'islamisme.

Des trois confréries d'origine Algérienne deux remplissent à leur insu peut être, une mission sociale digne d'intérêt. Ce sont celles de Sidi Ben Abderrahmane Bou Guebrin et de Sidi Ahmed Tedjini. La première, fille d'Algérie adoptée par la Kabylie, établit un lien de famille entre les deux races du Tell,entre la plaine et la montagne, entre l'Arabe et le Kabyle.

La seconde, fille du Sahara, rapproche par une sorte d'attraction religieuse les populations éparses de cette contrée.

Voir ci dessus filiation Tidjania.
liste des confréries affiliées en Algérie
(**) In : "Algerie " De Rozet & Carette tous deux capitaines du génie-1850-
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