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El Watan du 30/9/2001
Musique / Sur les traces de Aïssa Djermouni
Quand on évoque le patrimoine musical des Aurès, tout de suite le
nom de cheikh Aïssa Djarmouni vient à l’esprit. Figure de proue de
la chanson chaouie, Aïssa Djermouni El Harkati aura permis, 50 ans
après sa mort, la pérennité d’un art pour lequel il a tout donné.
Jusqu’à aujourd’hui, il est adulé, aimé, imité. Mais personne n’est
parvenu à le détrôner. Il reste le maître incontesté de la chanson
chaouie et par extension de la chanson auressienne, qui regroupe les
wilayas de Batna, Khenchela, Oum El Bouaghi et même Tébessa et Souk
Ahras. Il aura permis à des artistes d’émerger comme feu Ali El
Khencheli, Salah Baïdhaoui et aujourd’hui encore, de jeunes adeptes,
à l’instar de Katcho, suivent sa trace. Aïssa, pionnier de la
chanson chaouie, a néanmoins évolué dans un milieu des plus
défavorables, en raison des deux guerres mondiales et des épidémies
qui en ont découlé. Ses chants mélodieux, sincères, il les dédiait
au «mahfel» de femmes qui venaient s’enivrer de sa voix à la pureté
et à l’harmonie inégalables et inégalées. En cette période difficile
caractérisée par l’entre-deux guerres mondiales, cheikh Aïssa
chantait sans le savoir l’amour du pays, l’amour filial et/ou
lyrique. Bien qu’analphabète, il fut convié à partir en France pour
enregistrer des dizaines de disques. Il eut même le rare privilège
de chanter à l’Olympia, cet édifice qui ne s’ouvre qu’aux talents
authentiques comme il le fut lui. Sa célèbre chanson Ne pleure pas
Djamila sera reprise plus tard par la chanteuse Nora, ce qui
démontre, si besoin est, l’immense talent du chantre des Aurès. Son
lyrisme avait conquis un large public de mélomanes, surtout quand il
a glorifié l’amour en chantant : «Comment va le malade d’amour ?
Dis-lui que je souffre du même mal.» Il n’est pas étonnant de voir
aujourd’hui de jeunes talents reprendre les chansons de son
répertoire, comme Katcho, Dihia et bien d’autres encore. Aïssa
Djermouni reste une référence.
Par Lazhar Baaziz |