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Divisons
donc les
tribus pour régner
sur elles,
c’est-à-dire afin de les associer
réellement
pour l’ordre, la paix et le travail, et non pour la guerre et le
pillage ; substituons un lien social nouveau au lien ancien de la patriarchie
;
superposons aux rapports du grand Cheik avec les petits Cheiks, la
relation de tous les chefs de ferka
avec le représentant
d’un peuple qui sait ce que signifient les mots peuple, nation,
patrie, que l’Arabe ne connaît pas. S’il est naturel que nous tâchions
d’affaiblir la puissance qui résiste le plus à notre domination,
c’est-à-dire de rompre le lien des grandes tribus, il est bien
aussi que, dans l’intérêt des sujets algériens de la France,
nous les garantissions de l’oppression que ces grandes tribus ont
toujours exercée sur les petites, et qu’elles exercent encore
aujourd’hui ; il est bien que, même dans le sein de ces grandes
tribus, nous prenions la défense du faible contre le fort, du Cheik
de la ferka
contre le
Cheik de l’Aarch.
Il
suffirait presque de ne pas contrarier cette division,
qui
existe déjà par le fait dans la plupart des grandes tribus, et
qui, je le répète, n’a pas lieu complètement, à cause des nécessités
de défense et d’attaque
communes. Par
exemple, la grande tribu des Harakta, que nous avons placée sous le
Kaïdat d’Ali, est divisée en quatre ferka(**)
; elle a pour
voisines deux tribus fort puissantes, à l’Est et au Nord, les Némemcha
et les Hanencha, divisées elles-mêmes en plusieurs fractions. Du
temps des Turcs, le Kaïdat des Harakta était habituellement
l’apanage de l’un des plus proches parents du Bey ; avant d’être
Bey, Achmet était revêtu de cette dignité. Les Némemcha avaient
également un Kaïd, habituellement étranger à la tribu, tandis
que les Hanencha n’en avaient pas, et étaient gouvernés par un grand
Cheik, pris dans le sein de la tribu,
et qui dominait seize tribus ; il avait droit à un sceau en or,
comme le Bey lui-même, tandis que le sceau de tous les autres
fonctionnaires de la province, sans exception, était en argent lors
de son investiture, il recevait le caftan même qui avait été
envoyé au Bey de Constantine par le Dey d’Alger. Voici donc, très
rapprochés l’un de l’autre, deux exemples d’organisation
politique des tribus qui diffèrent essentiellement ; ni l’un ni
l’autre, ne nous conviennent, mais certainement nous devons nous
rapprocher davantage de celui des Harakta que de celui des Hanencha;
ce qui revient à dire que nous soumettrons plus facilement les
premiers que les derniers ; les faits le prouvent, quoique les
Hanencha touchent presque le territoire de Bône et de Guelma,
tandis que les Harakta sont dans la zone intérieure et s’étendent
jusqu’à trente et quarante lieues à l’Est de Constantine.
Je
dis que nous ne devons pas imiter ces deux exemples, même celui des
Harakta, d’abord parce que nous ne devons pas avoir des
fonctionnaires par droit de naissance ou par favoritisme, mais des
fonctionnaires tenant à une hiérarchie fortement constituée, en
un mot, des fonctionnaires militaires,
appartenant à des corps,
et non pas des individualités isolées, quelque puissantes
qu’elles soient d’ailleurs ; ensuite parce que nous pouvons et
devons éviter d’adopter cette organisation politique, très-mauvaise
pour nous et très funeste aux indigènes eux-mêmes. Ainsi les
Harakta ont, parmi leurs voisins de l’Ouest, entre Constantine et
eux, les Segniia,
fixés sur le territoire de l’ancienne Sigus
; or,
supposons qu’un cercle colonial soit établi à Sigus,
qu’un autre cercle colonial soit établi à Tifech, point central
par rapport aux Harakta,
aux Hanencha,
au territoire de Guelma
et à celui
de Sigus
: il serait
naturel alors de mettre la ferka des Harakta qui occupe l’Ouest de
leur territoire***,
sous la direction du commandant
du cercle de Sigus, et la ou les ferka du Nord
sous la direction du commandant de Tifech.
Et si, plus tard, nous établissions un cercle colonial à Tebessa,
le commandant de ce cercle aurait sous sa direction la ferka Est ou
Sud des
Harakta, et la ferka Nord des Némemcha.
La
révolution que notre conquête doit opérer en Algérie est bien
autre chose, pour les Algériens, que n’a été pour nous la
grande révolution française, qui a converti les provinces en départements,
et changé toute notre organisation politique. Nous serions bien
aveugles, si nous pensions pouvoir soumettre et gouverner l’Algérie,
en conservant des circonscriptions de territoire et des liens
politiques de population qui ont eu leurs
motifs et leur utilité dans l’ancien
régime,
sous le
gouvernement aussi anarchique que despotique des Turcs, mais qui
seraient funestes à nous et aux indigènes eux-mêmes. En résumé,
quoique nous ne puissions pas espérer de constituer l’Algérie,
immédiatement, en une société politique
de communes,
puisqu’elle n’est, encore partout.
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