|
Textes & poèmes de Djamel Louafi
Les textes & poèmes publiés dans cet espace
sont protégés : toute utilisation, même partielle, est interdite sans
l’autorisation de l'auteur.
(1). Dans l'amalgame des
saisons
Voila le clair automne !... Dans son somptueux ornement,
le feuillage translucide vibre de volupté et s'adonne à ses dernières
rêvasseries…
Que de rameaux, en contrastes colorés, crient d'un effroi étrange par
craintes d'être effeuillés… nature raturée ! L'hiver est précoce
désespéré et diminué. Seules des embellies prêtent leurs
fugaces à une sève assoupie pour que myosotis, jonquilles, pensées,
attendent d'un écho assourdi la brise berceuse à la rescousse des
senteurs de la mélancolie…
Et voila que l'astre d'avril, frais et timide, enjambe tout un
ciel enivré tandis que les frêles et soyeux papillons dans leur valse,
auréolent déjà les jardins de confetti…
Et quand toutes ces belles fleurs s'offrent à leur extase, un baume
vient envahir mon âme éprise d'un rêve inassouvi …
Algérie. Automne 2003 par Djamel Louafi..
|
|
(2). Sur le rapport de deux tons
En peinture, les mondes de la lumière et de l'ombre ont
si longtemps été sujets de controverse que chacun s'est interrogé, à
un moment ou à un autre, leurs rapports mutuels*. D'après Cézanne,
" L'ombre comme la lumière est une couleur, mais brillante ;
lumière et ombre ne seraient donc que le rapport de deux tons. "
Si cette observation a certes le mérite de la logique et de la
simplicité, comment ne pas être tenté de lui opposer, aujourd'hui,
d'autres hypothèses fondées sur une évolution des sciences et des
connaissances ? Sans doute le premier artiste fut-il cet homme qui, par
sa délicatesse de sens et son discernement, façonna un bonheur de
l'esprit assimilable à une sorte de " sensualité spirituelle
". Mais on considère que la souffrance aussi façonne. Comme
l'ardeur du soleil donne aux articulations le mouvement et la vie mais
parfois dégénère en géhenne, elle peut, dans les conflits et les
peurs infantiles, se transformer en flammes brûlantes qui réduiront la
vie en cendres. Je pense souvent à Van Gogh qui, poussé par sa foi
inébranlable, s'est efforcé de projeter sur les heurs et malheurs de
ses proches le miracle de sa lumière. Toute la richesse de ses
sentiments s'est répandue dans ses tableaux en touches fauves et
exubérantes, couleur de sang et d'or, infiniment évocatrices de cette
lumière. Aux ciels couverts et courroucés, annonciateurs d'orages, il
a préféré des arbres irisés croulant sous les fruits et des champs
lourds de moissons animés d'une vibration qui pénètre le cœur et l'être.
Pourtant cette âme plaintive aux profondeurs abyssales ne trouva en son
temps ni compréhension ni considération. La névrose et les délires
de l'artiste l'exposèrent au contraire au dédain et au rejet de ses
contemporains. A cette tentative lumineuse je ne peux m'empêcher de
comparer la plongée dans l'enfer de l'inconscient de nombreux artistes
qui travaillent une pâte onctueuse, chargeant la toile de teintes
sombres et dramatiques accordées à leur être profond. De l'opposition
de l'ombre et de la lumière naît, avec le clair-obscur, un antagonisme
dont le mystère incessamment me hèle sur mes voies de la
connaissance.
Djamel Louafi
* " Aucune matière ne peut être intelligible
sans ombre ni lumière ", estimait Léonard de Vinci.
|
|
(3). La peinture surréaliste
Devant la réalité mouvante des lettres, l'art subi
constamment des métamorphoses qui donnent naissance à divers courants
littéraires, entre autres : le surréalisme qui doit être patiemment
mûri, sans que soit pour autant mis en question la validité de l'œuvre
classique qui reste valable pour plusieurs générations. Un double
écueil apparaît d'emblée : d'une part tout un ensemble d'œuvres surréalistes
à opérer dans une production prolifique non décantée par le temps;
d'autre part, l'inévitable recours à une nouvelle lecture : ouvrir des
voies nouvelles à l'imagination, autant vouloir aussi disséminer le
monde de la réalité mettant fin à toutes les valeurs traditionnelles,
ce qui provoqua à l'époque un choc émotionnel dans une civilisation
qui a perdu sa raison d'être de l'incommensurable monstruosité de
l'entre deux -guerres. Créateurs de situations nouvelles, soumis à
leur libre imagination, les surréalités ont donné le sens d'une
imagerie qui se veut non pas florissante, mais délirante. N'y a-t-il
pas plusieurs exemples plus riches de portée, de conséquence qui aient
un objectif, lin d'en arriver à de piètres résultats ? Citons
l'exemple de ces statues exotiques de WLAM dans la " jungle ",
aux différentes formes d'êtres " démonologiques " qui, dans
leur ronde infernale, évoluent dans le tourbillon d'une danse sans fin….
Et Roberto Matta, dans " le vertige d'Eros ", a élaboré une
extraordinaire architecture, créant des espaces vides, ou se dressent
d'informes masses imaginaires : du futurisme !... Puis Oscar Dominguez
crée à son tour des assemblages d'objets insolites, plutôt poétiques
: une sorte de défi à la sensibilité…. Il m'est difficile en pareil
domaine d'être exhaustif sans que nous avions notés, par ses thèmes
de prédilection et qu'aujourd'hui les intellectuels s'engouent de sa
puissance visionnaire. Cela nous amène à réfléchir…. Ce nouveau
courant surréaliste a pu unir technique et spontanéité, à la fois
" automatique " et " romantique ". En effet, le
surréalisme, en tant que doctrine morale et esthétique, non seulement
issu du symbolisme, mais d'un symbolisme qui obéit instinctivement à
des " conditions morales de la création ". C'est qu'aucune
œuvre d'art, qui est d'abord un temps de voix, une expression poétique,
n'a jamais été créée pour être abandonnée à l'ombre, mais pour
être témoin d'une époque dans la mesure ou elle apporte un '' plus
littéraire'' supplémentaire. Qu'un poète, un peintre, crée un monde
imaginaire, le voila libéré du carcan et de la contrainte qui ne sont
que la pierre d'achoppement pour le bon déroulent de l'Histoire de la
Peinture.
Djamel Louafi
|
|
(4). La moisson
On ne peut songer à évoquer la twiza-
l'entraide- surtout dans notre région qui foisonne en blé, sans parler
de la moisson allant de Mai à l'arrivée des grandes chaleurs.
N'oublions pas avant tout ces claires et tièdes journées automnales,
embrasées de douceur, ou la terre minérale qui, fraîchement marquée
par l'araire, exalte une dense vapeur…… Des graines qui, semées à
plaines mains sont une manne inouïe que l'on récoltera et partagera
généreusement……Qui de plus poétique pour le semeur, cet amour
pour sa terre, solide et sure à ses pieds !.... Puis le printemps
arrive, étalant de longs tapis de coquelicots et violettes plus
éclatants dans leur féerique harmonie. Des jouvenceaux, à dos d'âne,
sillonnant les sentiers abrupts, musent à travers les champs d'orge et
de blé, d'hameau en hameau pour annoncer solennellement la prochaine
moisson….... Tôt le matin, emportés par la romance du vent comme une
mer porteuse d'effluve les épis blondes s'abandonnent à leurs rêve,
chancèlent et se resserrent de crainte d'être fauchées par le geste
auguste de la faux…… Sous un soleil dardant ses rayons brûlants,
plusieurs moissonneurs, dos courbés, et au teint basané, animés de
courage, sont imprégnés d'une solidarité pour un rude effort abordé
sans répit, mais avec fierté. Ils fredonnent de temps à autre des
airs nostalgiques pour un brin d'ivresse d'une grande attente, en fin le
temps d'un soupir !.......Dépiquage, puis vannage sous l'effet du vent,
deux opérations émanant une odeur céréalière mêlée au parfum
chaud de la verte moisson; de quoi réveiller en nous les célèbres
" cribleuses " de Courbet…. Ainsi, loin d'entraver le
moissonneur dans son milieu naturel c'était la l'une des traditions,
venant du fond des âges pour lui faire sentir sa liberté. Néanmoins,
ayant commencé à accomplir sa besogne, il est tout surpris finalement
de faire de la poésie soufflée par cette nature familière puissamment
attaché à elle, pour puiser dans le fond des plus belles vertus.
Eté 2004 Djamel Louafi
|
-
- (5). L'Orient peint par l'Occident
- Que n'a-t-on déjà écrit sur l'Orientalisme et qui ne croit le
connaître ? Il reste aussi à foison de prestigieux foyers de lumière,
des bibliothèques, des collectionneurs où il est souvent difficile aux
admirateurs d'y pénétrer pour attiser leurs curiosités… Plonger
dans une époque plus lointaine, on risquerait de s'y perdre dans
l'histoire de l'Orient et de l'Occident qui fut intimement liée,
tissée grâce aux différents échanges. En effet, il y a eu tout un
bouillonnement intellectuel à cette époque du 8 ieme au 9eme siècle,
les siècles les plus importants de la civilisation orientale .Cette
dernière avait cependant beaucoup donné dans divers domaines,
entre autres : la richesse culturelle, notamment la traduction des
" Contes des Mille et une Nuits " par Antoine Galland.
Ça était le foisonnement, l'intérêt irrésistible qui avait
enchanté tout l'Occident et du fait, ça était le point de départ de
l'Orientalisme, le goût de l'Orient pour ses légendes, ses langues,
son histoire, ses genres de vie, ses mœurs, etc.…En me hasardant dans
ce domaine, je risquerais de dépasser singulièrement le cadre de cet
exposé.
En revanche, limitons-nous donc seulement aux peintures orientalistes,
comme œuvres d'art, nobles et voluptueuses.
D'abord , la fièvre des différentes recherches tous azimuts à
laquelle correspond une littérature de découvertes , est représentée
par des croquets , des notes , des carnets de voyages,…Puiser aux
sources des sujets d'inspirations orientales , après avoir rapporté
tout un répertoire d'études , c'est poser finalement la
première pierre de l'édifice , celui de leur futur courant
pictural , un dessein auquel toutes les facultés littéraires et
artistiques devraient être conviées….Déjà , les premiers thèmes
furent variés: bain turc d'Ingres, description du harem marquée par
les beautés féminines dans leurs costumes somptueux, un sérail soumis
au despotisme,…Autant dire que ces influences ont donné à toute une
pléiade de peintres le goût de l'aventure et de la recherche picturale
.Plus tard, Delacroix, Fromentin, Guillaumet, Marilhat, Decamp…,
élevés au milieu d'ateliers de maîtres ,étaient en possession de
leur métier. Voici venu donc le moment pour aller à la conquête de
l'Orient, attirés par la richesse de ses couleurs, de sa lumière, de
ses costumes, etc.…
Comme, il y aurait là-dessus beaucoup à dire, on peut se contenter
d'exemples qui mériteraient d'être développés davantage si on ne
craignait de trop nous étendre. Dans les " Pestiférés de
Jaffa " de Gros,* l'incessant jeu de contrastes d'ombre et
lumière, la finesse entre les détails les plus délicats marquent les
épisodes dramatiques lors des différentes expéditions, les batailles
: d'Eylau, d'Aboukir, etc.…
Voici par exemple, au Maghreb, le vécu quotidien d'humbles personnes
déambulant en foule au travers des rues, des scènes intérieures comme
" les Femmes d'Alger " Delacroix, marquant la vie secrète
intimiste d'un gynécée, inspirèrent beaucoup d'artistes, à chacun sa
technique et qui , d'un soupçon de réalisme ont pu en recréer
l'atmosphère nostalgique … Plus vif encore rien de plus gracieux et
de plus doux à l'œil , ce charme des scènes des fêtes du Sud d'antan
, où chants , flûtes et tambourins chantèrent l'espoir pour le
répandre dans le cœur des plus lointaines oasis…En somme ,tout
baigne dans une atmosphère de jeux de lumière subtils , offrant une
qualité du chromatisme , par l'emploi des couleurs éclatantes, toutes
crues : ocres , bleus câlins, jaune d'or , qui , bien combinées
s'harmonisent parfaitement pour en dégager l'émotion profonde du
peintre…De ces brèves lectures , que l'on peut multiplier , les
orientalistes, à un moment de leur parcours , avaient plus d'une corde
à leurs arcs ,et leurs inspirations se jumelèrent .Cependant , tout
est mis au service d'un idéal , celui de redorer le blason de la
renaissance orientale d'une part,et donner à ce nouvel exotisme un
souffle lyrique d'autre part. Outre, si nous nous en tenons à cette
esquisse, nous voyons bien que, ces infatigables voyageurs, imbus
d'influences orientales, plus aventuriers dans l'âme et fascinés par
les étrangetés de l'Orient, étaient à un tournant décisif d'aller
jusqu'au bout de leurs rêves pour arriver finalement à la réalité:
celle d'assouvir leur ambition.
Finalement, on serait tenté de conclure, que les orientalistes, à
l'apogée de leur talent, dont l'œuvre ne cesse de s'affermir, étaient
plus déterminés à mettre tout leur génie au service d'une
littérature de voyage, de découverte…On voudrait aussi être
persuadé qu'ils en sont bien convaincus qu'il faut à tout prix
vivifier une peinture académique qui semblerait à l'époque
s'immobiliser dans les chemins frayés. Ainsi, soucieux de leur art,
pour le vulgariser, l'aimer, cet art qui reflète l'âme d'un Orient et
l'humanisme de sa culture.
-
- Automne 2006, Djamel Louafi
|
-
Vos impressions sont les bienvenues
elles nous permettront d'avancer. Merci !
|
|