Invasion arabe Hilaliénne
Il convient d’entrer dans quelques détails sur les
tribus arabes qui vont faire invasion en Afrique et avoir une si
grande influence sur l’histoire de la Berbérie (Lybie; Tunisie;
Algérie & Maroc). Deux grandes tribus arabes, celles des Beni Hilal
et des Beni-Soleïm appartenant à la famille des Moder, s’étaient
établies vers l’époque de l’avènement des Abbassides dans les
Hedjaz, touchant à la province du Nedjd. Durant de longues années,
ils avaient parcouru en nomades ces solitudes, s’avançant parfois
jusqu’aux limites de l’Irak et de la Syrie et descendant d’autres
fois jusqu’aux environs de Médine. Leur état normal était le
brigandage, complément de la vie nomade ; elles ne manquaient, du
reste, aucune occasion de se lancer dans le désordre, prêtant leur
appui à tous les agitateurs et rançonnant les caravanes, sans même
respecter celle que le khalife de Bagdad envoyait chaque année
porter ses présents à la Mecque. Les Karmates avaient trouvé, dans
ces nomades, des adhérents dévoués qui s’étaient associés à toutes
leurs dévastations et les avaient suivis en Syrie. Lorsque les
armées Fatimides passèrent en Asie, pour combattre les derniers
partisans des Ikhehidites, elles en triomphèrent facilement ; mais
bientôt elles se trouvèrent en présence des Karmates, soutenus par
les Hilaliens et Soleïmides et se virent arracher une à une toutes
leurs conquêtes. Il fallut recommencer la campagne, et ce ne fut
qu’au prix de luttes acharnées que les Fatimides parvinrent à
vaincre leurs ennemis. Le khalife El Aziz, voulant prévenir de
nouvelles insurrections de ce genre, se décida alors à transporter
au loin les turbulents nomades qui lui avaient causé tant d’ennuis.
Par son ordre, les tribus de Hilal et de Soleïm furent, vers la tin
du Xe siècle, transportées en masse dans le Saïd, ou Haute Égypte,
et cantonnées sur la rive droite du Nil. Mais si, par cette mesure,
le danger résultant de leur présence en Arabie était écarté, leur
concentration sur un espace restreint, au cœur de l’Égypte, ne tarda
pas à devenir une cause d’embarras nouveaux. Habitués aux vastes
solitudes de l’Arabie, n’ayant, du reste, aucune ressource pour
subsister, ces Arabes firent du brigandage un état permanent, de
sorte que le pays devint bientôt inhabitable, tandis qu’eux-mêmes
souffraient de toutes les privations. Cette situation durait depuis
plus de cinquante ans et le gouvernement égyptien avait, en vain,
essayé d’y porter remède, lorsque, par suite des événements que nous
allons retracer dans le chapitre suivant, le khalife fatimide trouva
l’occasion de se débarrasser de ces hôtes incommodes en les lançant
sur la Berbérie
Lorsque El-Moez se décida à se soustraire à
l’obéissance des Beni-’Obeïd, il travailla d’abord à les
déconsidérer dans l’esprit des peuples, en semant de fâcheux bruits
sur leur compte. Il chercha même à corrompre leurs serviteurs. Il
écrivit à cet effet au visir d’El- Mestamer, khalife d’Égypte, pour
l’engager à trahir son maître. Sa lettre se terminait par ces vers :
« Cesse de t’attacher à des yeux sans consistance, et dont un homme
comme toi devrait ignorer même le nom.» Après avoir lu cette lettre,
le visir dit à un de ses amis : «N’est-il pas surprenant qu’un homme
du Mor’reb, un Berbère, veuille tromper un Arabe de l’Irak’ ? »
Lorsque El-Moez se fut mis en révolte ouverte et qu’il eut reçu
l’investiture du khalife de Bagdad, le visir conseilla à El-Mestamer
de faire marcher contre lui des tribus d’Arabes. Ce prince goûta ce
conseil, et fit partir les Arabes du Saïd, à qui il distribua de
l’argent et abandonna Barka. Les Arabes qui allèrent ainsi en
Afrique étaient les Riah’, les Zagba, et une portion des Beni-Amer
et des Senan. Arrivés en Afrique, ils y commirent toutes sortes
d’excès et se gorgèrent de richesses. Lorsque leurs amis d’Égypte
apprirent cela, ils voulurent aller les rejoindre et offrirent de
l’argent à Mestamer pour qu’il le leur permît. Le prince accepta
leurs offres. Il retira plus d’eux, en leur permettant de se rendre
en Afrique, qu’il n’avait donné à leurs devanciers pour les y
pousser.
- Ces nouveaux venus eurent d’abord à combattre les Zenata des
environs de Tripoli. El-Moez marcha contre eux avec une réunion
de Senhadja et de Zenata. Les deux partis se trouvèrent en
présence. Les Zenata firent défection et les Senhadja prirent la
fuite. El-Moez, entouré d’un corps de nègres de près de vingt
mille hommes, résista plus longtemps qu’on ne devait l’attendre
d’un prince que la fortune abandonnait ; mais, à la fin, il fut
contraint de battre en retraite sur Mans’oura. Les Arabes
s’avancèrent jusqu’à K’aïrouân. Il y eut entre cette ville et
Rekkâda un combat où ils furent encore vainqueurs. El-Moez
voulut alors négocier; il fit ouvrir les portes de K’aïrouân et
permit aux Arabes d’entrer dans cette ville et d’y acheter ce
dont ils auraient besoin. Il espérait les rappeler, par cette
concession, à des sentiments plus modérés et les déterminer à
retourner dans leur pays; mais il n’en fut pas ainsi les Arabes
pillèrent la ville, en dispersèrent les habitants, se rendirent
maîtres de toute la contrée, qu’ils se partagèrent et qu’ils
ruinèrent complètement. El-Moez, voyant qu’il ne pouvait
résister à ce torrent dévastateur, se retira à Mohdïa, dont son
fils Temin était gouverneur. Celui-ci alla à sa rencontre et lui
rendit tous les honneurs qu’il lui devait comme à son souverain
et à son père. El-Moez lui remit la conduite des affaires, et
mourut en 453, après un règne de quarante-neuf ans. Il fut
très-généreux. On dit qu’il donna en un seul jour 100,000 dinars
à un de ses amis. Mais son règne fut continuellement agité par
la guerre, tous ses commandants de province s’étant
successivement révoltés contre lui. Il n’y a que Dieu dont
l’empire soit solide et durable.
- Remarque : Cette invasion de la Berberie par
les tribus arabes de l’Égypte est un fait très-remarquable de
l’histoire de cette contrée; mais il en est un autre qui,
quoique peu connu, ne l’est pas moins : c’est une émigration
très-considérable qui eut lieu de la Berberie en Égypte vers la
fin du XVIIe siècle. A cette époque, grand nombre de tribus de
Tunis et de Tripoli se portèrent dans les régions arides de la
rive gauche du Nil, et pendant plusieurs années elles ne
vécurent que des déprédations qu’elles commettaient dans la
vallée de ce fleuve ; mais elles finirent par s’établir sur des
terres que leur céda le gouvernement, et les cultivèrent. Depuis
cette époque, ces hommes de proie sont devenus de paisibles
fellah’, plus pillés que pillards. On peut voir à ce sujet, dans
l’ouvrage de la Commission d’Égypte, les Mémoires de MM. Jomard
et Aimé Dubois.
Composition et fractions des tribus
arabes Hilaliennes et Soleïmites
- Les tribus arabes qui passèrent en Afrique se composaient de
trois groupes principaux, savoir :
- 1° Tribus de 1a famille de Hilal-ben-Amer : Athbedj,
Djochem, Riah, Zor’ba.
- 2° Tribus formées d’éléments divers se rattachant aux Hilal
: Makil, Adi.
- 3° Tribu de Soleïm-ben-Mansour :
- 4° Tribus d’origine indécise, mais alliées aux Soleïm :
Troud, Nacera, Azzu, Korra.
-
TRIBUS HILAL-BEN-AMER
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1°
HATHBEDJ
-
Doreïd (ou Dreïd.)
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-
Oulad-’Atïa. Oulad-Serour. Djar-Allah. Touba
|
-
Kerfa (ou Garfa)
|
-
Beni-Moh’ammed.
Beni-Merouane (ou Meraounïa). H’adjelate (Kleïb,
Chebib, Sabah’, Serh’ane. Nabele
|
-
‘Amour
|
-
Morra. Abd-Allah (Mihia, Oulad-Zekrir, Oulad-
Farès, Oulad-Abd-es-Selam). Beni-Korra
|
-
Dahhak et Aïad
|
-
Mehaïa. Oulad-Difel.
Beni-Zobeïr. Mortafa. Kharadj.
Oulad-Sakher. Rah’ma.
|
-
2°
DJOCHEM.
-
Acem
|
-
Kokaddem
|
-
Djochem
|
-
Kholt. Sollane (H’areth, Oulad Mota, Klabia).
Beni-Djâber
|
-
Mirdas
|
-
Daouaouïda (Meçaoud-ben-Soltane, Acer-ben-
Solatane). Sinber.
Amer (Moussa, Moh’ammed, Djâber). Meslem
|
-
Ali
|
-
Fader’ . Dahmane (Menàkcha).
|
-
Amer
|
-
El-Akhdar (Khadr).
|
-
S’aïd
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-
Oulad-Youçof (Mekhàdma, R’oïout, Bohour).
|
-
3°
ZOR’BA
-
Malek
|
-
Souéïd (Chebaba , H’assasna, Flitta, S’béïh’,
Modjaher, Djoutha, Oulad-Meïmoun).
|
-
Bakhis
|
-
‘Attaf
|
-
Dïalem
|
-
Yezid
|
-
Oulad-Lahek
|
-
S’àad (Beni-Madi, Beni-Mansour, Zor’li).
|
-
Khachna
|
-
Beni-Moussa
|
-
Moafâa
|
-
Djouab
|
-
Herz
|
-
Marbâa
|
-
Haméïane
|
-
Hocéine
|
-
Djendel
|
-
Kharrach (Oulad-Meçaoud, Oulad-Feredj,
Oulad-Taref).
|
-
‘Amer (‘Amour)
|
-
Yakoub.
|
-
H’amid (Beni-Obeïd, Beni-Hidjaz, Meharez).
|
-
Chafaï (Chekara, Metarref).
|
-
‘Oroua
|
-
En-Nadr (Oulad-Khelifa, Hamakaa, Cherifa,
Sahari, Douï-Ziane, Oulad-Slimane).
|
-
Homeïs (Obéïd-Allah, Fedar’, Yak’dane).
|
-
4°
MAKIL ET ‘ADI
-
Sakil
|
-
Thâaleba.
|
-
Douï-Obéïd-Allah (Heladj, Kharaj).
|
-
Moh’ammed
|
-
Beni-Mokhtar (Doui-Hassane, Chebânate,
Rokaïtate).
|
-
Douï-Mansour (Oulad-bou-l-Hocéïne, Hocéïne,
Amrâne, Monebbate).
|
- TRIBU DES SOLÉIM-BEN-MANSOUR
-
Debbab
|
-
Oulad-Ah’med.
|
-
Beni-Yezid.
|
-
Sobh’a.
|
-
H’amarna.
|
-
Khardja.
|
-
Oulad-Ouchah’ (Mehamid, Djouari, Hariz).
|
-
Oulad-Sinane.
|
-
Nouaïl.
|
-
Slimane.
|
-
Heïb
|
-
Chemmakh.
|
-
Sâlem (Ah’amed, Amaïm, Alaouna, Oulad- Merzoug).
|
-
Beni-Lebid.
|
-
Zir’b.
|
-
-
Aouf.
|
-
Mirdas.
|
-
Allak.
|
-
Kaoub (Beni-’All, Beni-Abou-el- Leill).
|
-
Dellab (Troud).
|
-
Hisn. (Beni-Ali, H’akim).
|
-
Mohelhel.
|
-
Riah’-ben-Yah’ïa et H’abih.
|
-
DÉTAILS DES HISN
-
Hisn.
|
-
Beni-Ali.
|
-
Oulad-Soura.
|
-
Oulad-Nemi.
|
-
Bedrâna.
|
-
Oulad-Oum-Ah’med.
|
-
Hâdra.
|
-
Redjelane.
|
-
Djoméïate.
|
-
H’omr.
|
-
Meçanïa.
|
-
Ahl-Hocéïne.
|
-
H’edji.
|
-
H’akim.
|
-
Oulad-Mrai.
|
-
Oulad-Djaber.
|
-
Chr’aba.
|
-
Naïr
|
-
Djouïne.
|
-
Zéïad.
|
-
Noua.
|
-
Makâd.
|
-
Molâb.
|
-
Ah’med.
|
-
Tribus d’une origine indécise, mais alliés aux Soléïm.
-
Troud et Adouane
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-
Nacera
|
-
Azza
|
-
Chemal.
|
-
Mehareb
|
-
Korra
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|
- Telles furent les tribus qui immigrèrent en Berbérie au Xie
siècle et achevèrent l’arabisation de cette contrée. Il est
impossible d’évaluer, même approximativement, le chiffre des
personnes qui composèrent cette immigration, mais, en tenant
compte du peu d’espace sur lequel les Arabes venaient d’être
cantonnés et des années de misère qu’ils avaient traversées en
Égypte, après avoir subi les causes d’affaiblissement résultant
de leurs longues guerres en Arabie et en Syrie, on est amené à
réduire dans des proportions considérables le chiffre d’un
million donné par certains auteurs. Dans la situation où se
trouvait alors la Berbérie, un tel nombre aurait tout renversé
devant lui, tandis que nous verrons les envahisseurs arrêtés au
sud de la Tunisie et forcés de contourner le Tell, en se
répandant duos les hauts plateaux; de la, ils saisiront toutes
les occasions de pénétrer, pour ainsi dire subrepticement, dans
les vallées du nord, et il ne leur faudra pas moins de trois
siècles pour arriver à s’y établir en partie. Nous verrons, lors
du premier combat sérieux livré aux envahisseurs, à Haïderane,
l’effectif des tribus Riah, Zorba, Adi et Djochem réunies,
formant au moins le tiers de l’immigration, ne monter qu’à trois
mille combattants ; or il est de règle, pour trouver
approximativement le chiffre d’une population arabe, de tripler
le nombre des combattants qu’elle met en ligne. Nous savons que
ce chiffre de trois mille a dû être réduit à dessein afin
d’augmenter la gloire des vainqueurs, mais, qu’on le multiplie
par cinq, si l’on veut, on n’arrivera qu’à 45,000 personnes pour
la population réunie de ces tribus. Pour toutes ces raisons, il
est impossible d’admettre que l’invasion arabe hilalienne ait
dépassé le chiffre maximum de deux cent mille personnes. A leur
arrivée en Berbérie, les Arabes trouvèrent des conditions
d’existence bien supérieures à celles qu’ils venaient de
traverser ; aussi leur nombre s’accrut-il rapidement, ce qui eut
pour résultat de subdiviser les tribus mères en un grand nombre
de fractions. Pour faciliter les recherches, nous donnons, dès à
présent, le tableau des subdivisions qui se formèrent après un
séjour plus ou moins long dans le pays.
-
-
(*)
In : « Histoire
De
L’Afrique Septentrionale »
(Berbérie)
depuis les temps les plus reculés jusqu’à la conquête française (1830),
Tome 2; page 8
par Ernest Mercier.
-
(*)
In :
« Berbères
» par
Ibn-Khaldoun. , tome I, II, & III.
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