- L'immortel Aissa El Djermouni El Harkati
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Chantre de la chanson chaouie, ce ténor
des Aurès qui a fait vibrer l'Olympia à, Paris; en 1936,
foulant du coup, le premier des Arabes et des Africains,
les planches de cette scène tant convoitée jusqu'à nos
jours par d'illustres artistes, n'est autre que feu
Merzoug Aissa Ben Rabah Ben Mohamed et de Sakhria Bent
Merzouk. Il naquit en 1885 à Sidi Reghis (Mechta Ali
Ouidir Oum El Baouaghi,distante de 26 km de la capitale
des Harakta Ain-Beida).
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Il mourut le 16 décembre 1946 à Ain-Beida,
où il est enterré, à l'âge de 61 ans à la suite d'une
maladie.
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Dix jours avant sa mort, Aissa avait animé
un mariage qui fut sa dernière apparition en public.
D'ailleurs le but de ce reportage n'est autre
l'élimination de tout amalgame et pour faire la lumière
une fois pour toute sur l'authenticité de son parcours et
de son histoire afin que cessent toutes les spéculations
et autres intrusions infondées , falsifications
délibérées ou récupération frauduleuses.
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Aissa, ce grand artiste connu et reconnu
des anciens comme des moins anciens, ici comme ailleurs,
n'a jamais été honoré par la moindre inscription de son
nom sur le fronton d'une salle de spectacle ici chez lui
à Ain-Beida ou même à Oum El Baouaghi où l'on
célèbre son "festival" annuellement dans un
but beaucoup plus commercial que culturel, commémoration
oblige.
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Son nom est utilisé par des associations
qui n'ont rien à voir avec la culture ou du moins la
culture traditionnelle dans son vraie sens
"subvention oblige". Selon plusieurs versions
Aissa Djermouni serait né et décédé ailleurs, par on
ne sait quelle maladie etc. La vérité veut que ce récit
qui vient tout droit de son neveu Merzoug Allaoua soit
étalé au grand jour pour tout le monde et à priori aux
historiens qui s'intéresse à ce grand artiste.
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A peine âgé de 6 ans, il quitte avec ses
parents, sa mechta, pour aller s'installer à Bir Smail
dans la commune de M'toussa toujours dans sa tribu des
Ouled Amara. Son frère ainé Rabah né juste après le
décès de leur père, dont il a repris le prénom
fredonnait déjà la chanson Chaouie en gardant leur
troupeau, ce qui inspira le jeune Aissa et l'engagea à en
faire autant pour surpasser son frère surtout avec sa
voie juvénile mais très juste. Ils passaient ainsi leurs
temps jusqu'à la tombée de la nuit. Les ans
s'écoulèrent. Notre ténor atteignit ses 16 ans et
était déjà connu de tous les campagnards de la région
dont l'un de ses cousins qui devint son flûtiste de
toujours et qui n'est autre que Hadj Mohamed Ben Zine Tir,
un virtuose. Tous deux n'ont jamais fréquenté l'école,
à part quelques sourates apprises à l'école coranique
de la mechta. En 1901 ou 1902 ils habitèrent avec leur
familles à Ain-Beida à la cité Murienne l'actuelle
cité Chékaoui, rue A.Ben Badis à proximité des docks
silos, c'est ainsi que ce duo commença à se produire
dans des mariages, puis sur les terasses de cafés au
grand enchantement du public. Les invitations vers
d'autres horizons commencèrent à pleuvoir et leur
périple débuta par des soirées à Annaba, Sétif,
Guelma, Biskra… La première chanson "ya Hadda
Khouiti ma t'gouliche ikhaf" qu'il enregistra
d'ailleurs en Tunisie en 78 tours aux édition Ben Baroud
en 1930, fait l'apologie d'un certain Ben Zelmat rebelle
notoire retranché dans les montagnes de l'Aurès pour
faire le justicier" rejetant toutes les lois du
colonisateur surtout l'impot et le service militaire
". Une autre chanson dans le même contexte est celle
de " El Fouchi Nou Mesmar " puis une autre
" Akred Anouguir " "Bougeons" ou
encore " wach talaou fel aguba ".
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Il dénonce intelligemment, déjas,
l'esclavage de son peuple, sous le joug colonial. En 1936
un certain Haroun juif de confession se constitua
"Impresario" pour proposer à Aissa d'aller se
produire en France. Sitôt dit, sitôt fait, nos deux
artistes se retrouvent quelques temps plus tard à Paris
pour passer à l'Olympia au cours de la même année. Ils
obtinrent un grand succès auprès d'un public nombreux
composé en majorité d'Algériens émigrés, de
maghrébins et même de quelques européens. Après quoi,
le duo, avec toujours le parrainage de Haroun, entreprit
l'enregistrement de plusieurs chansons aux éditions
Warda-Phone, en disques de 78 et 45 tours. Selon toujours
son neveu direct Hadj Allaoua qui nous a été d'un
merveilleux secours, Ammi Aissa est de retour en Algérie.
Plus connu, il organisait de temps à autre un gala
populaire au café Ben Gourri à la place d'armes d'Annaba
où on l'appréciait déjà beaucoup. Pour rassembler du
public les organisateurs d'alors chargeaient les hérauts
crieurs publics d'annoncer les galas à travers les
différents quartiers de la ville.
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Pour rafraîchir la mémoire à la petite
fille de Ammi Aissa, Yasmine Merzoug, nous donnerons
quelques précisions sur la situation familiale du maitre
de la chanson Chaouie.
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En effet, Ammi Aissa d'abord s'est marié
à sa cousine Fatima (1900-1926) à Ain-Beida. Elle lui
donna deux filles avant de mourir très jeune (26 ans).
Ces deux filles sont Rebaia née en 1914 à Ain-Beida
toujours vivante avec ses arrières petits enfants au
domicile de feu son père et Aicha Baya née en 1916
décédée récemment à Ain-Beida. Il épousa par la
suite Louisa Ferrari fille d'un européen converti
àl'Islam et baptisé Chérif, mécanicien de profession.
Louisa était la cadette de ses deux frères Lalouani
Messaoud. De cette deuxième union naquirent trois autres
filles dont l'ainée s'appelait Fatima du même prénom
que la première épouse défunte que Ammi Aissa
n'arrivait pas à oublier, puis Bellara et enfin Dalila
(toutes décédées) et enterrées à coté de leurs
parents, laissant elles aussi enfants et petits enfants
dont la majorité sont mariés.
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Les djeramnia sont une
fraction de la tribu des Ouled Amara qui
constituent une grande partie de la
grande tribu des Harakta.
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Hawzi Haroun avait certes, un coté
sympathique mais ses intérêts personnels passaient avant
toute chose. Ammi Aissa le savait très bien. Il savait
que la gloire et la transmission du message étaient plus
précieuses que l'argent, c'est pourquoi il disait souvent
:" je m'en fou ".
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Pour terminer notre parcours
il serait quand même bon de parler
également de son entourage de l'époque
et de la bravoure de ses compagnons tels
que : Ferrah Hannafi, Lakhdar Adoum,
Abdalaoui Med Boukelkoul, Baaziz
Abdallah, Remache Laid, Tahar Messaoud
Khebouche, Titi El Hamel, Berrah Hamid,
Kabouche Ahmed Ben Moussa, Khammar
Allaoua et Chaffai Hamri Ahmed,
Mekhnèche Tayeb " l'affaire ",
Gacemi Segueni, cavalier émérites de
fantasia dont certains arrivent à
utiliser douze fusils à la fois sans
descendre de la selle.
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On raconte que Ammi Aissa tout analphabète
qu'il était trouvait seul les paroles qui composaient ses
chansons; les airs musicaux aussi qu'il fredonnait et que
Ammi Med Ben Zine reprenait aussitôt à l'aide de sa
" gasba " (flute genre nai). Leur génie était
dû à une bénédiction de Cheikh Zouaoui homme saintque
tout le monde respectait pour sa dévotion à Dieu et ses
bienfaits à l'égard des démunis et des malades,
disait-on.
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Nous ne pouvons quand même pas oublier que
ses héritiers ont été honorés pour l'œuvre de leur père
par les plus hautes instances du pays mais localement pas
une plaque commémorative. Au nom de Aissa El Djermouni.
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Le jour de la mort de Ammi Aissa El
Djermouni, tous les commerçants de la ville ont baissé
leurs rideaux et Hadj Mohamed Ben Zine a brisé sa flute
et a juré de ne plus jouer. Un an plus tard, il partit à
la Mecque pour ratifier sa promesse avant de rejoindre son
ami quelques années plus tard.
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Amar Khamar Jeudi 18 Avril
2002
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