AIN-BEIDA
(PROVINCE DE CONSTANTINE)
A 128 Kilomètres environ au sud-est de Constantine, s'élève aujourd'hui la petite ville de création française nommée Ain-Beida (La fontaine blanche), située à peu prés au centre de la tribu des Harakta. Le pays qui l'entoure offre l'aspect de vastes plaines légèrement ondulées ; il est divisé en trois versants bien distincts. Le premier s'incline du coté du nord ; tous ses cours d'eau se jettent dans l'oued Charef ; il commence à une ligne de crêtes qui sépare le cercle d'Ain-Beida à peu prés par le milieu et dont la direction générale est de l'est à l'ouest. Ce versant se prolonge jusqu'à l'oued Charef et est occupé en partie par la plaine de Trouche.
Le deuxième versant regarde le sud. Ses cours d'eau vont se perdre dans les lacs de Tarf, du guelif et de Hank el-Djemel. Il commence au sommet des mêmes crêtes où s'arrête le versant du nord ; il se termine au lac précité et il prend le nom de plaine de Tarf.
Enfin le troisième versant est incliné a l'est, toutes ses eaux tombent dans l'oued Meskiana qui lui, même s'écoule dans l'oued Mellag, lequel se rend sur le territoire tunisien. Ce versant prend naissance à la crête d'une chaîne de montagnes qui se dirigent du sud-ouest au nord-est depuis le Djebel Tafrent jusqu'au Djebel Mesloula, il finit à l'oued Meskiana.
Le système orographique est peu compliqué ; à l'ouest et au nord d'Ain Beida se présentent plusieurs fouillis de collines mouvementées que les Arabes ; dans leur langage imagé, nomment Chebak (Les filets). C'est une suite de gradins enchevêtrés les uns dans les autres, qui sur une longueur d'environ 86 Kilomètres, descendent vers les plaines des Segnia et des Sellaoua. Après les Chebka et toujours à l'ouest vient le Djebel Sidi Reghis, pyramide irrégulière dont le sommet s'élève à 1,628 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Cette montagne très remarquable, l'une des plus hautes de l'Algérie, est isolée de toutes parts, elle s'élève seule au milieu des plaines comme un gigantesque témoin. A l'exception de quelques ravins profonds qui sont couverts de bois et de quelques jardins ménagés entre les rochers, le Sidi Reghis est d'une affreuse aridité.
A partir de Sidi Reghis, en se dirigeant à l'est, règne une chaîne de collines ou de montagnes pelées qui coupe le cercle d'Ain-Beida à peu prés par le milieu et le divise en deux versants principaux ; les faîtes le plus saillants de cette chaîne se nomment : Zourek, Guera el-Bardo, Hammama, est tombent obliquement sur une autre chaîne qui court presque parallèlement à l'Oued Meskiana.
La seconde chaîne de cette contrée coupe le cercle dans la direction du sud-ouest. Elle commence au Djebel Tafrent arrive au Djebel Bou Toukhma et fini au Djebel Mesloula. Sur presque tout le reste de son développement, on l'appelle Guern Ahmer. Cette chaîne est généralement assez bien boisée ; ses contreforts sont insignifiants, sa longueur est d'environ 38 Kilomètres.
Enfin, au sud-ouest d'Ain-Beida et à 36 Kilomètres, commence au Djebel Tarf une chaîne de montagnes qui se dirige également au sud-ouest, elle prend successivement le nom de Fedjoudj, Saffan et s'arrête à Chemora ; elle a environ 40 Kilomètres de long ; elle se compose de rochers abruptes, elle manque d'eau et est d'une effrayante infécondité.
Les plaines des Harakta qui entourent Ain-Beida ne brillent pas par la vérité et la puissance de leur système hydrographique ; les rivières qui l'arrosent ne sont que de faibles ruisseaux absorbés entièrement en été par les irrigations, ou des torrents qui n'offrent qu'un lit desséché pendant les trois-quarts de l'année ; en revanche il s'y trouve beaucoup d'excellente eau. Les principaux cours d'eau sont : au nord, l'Oued Gouroun qui prend sa source à Drà el Ahmer et se jette dans l'Oued Charef ; dans la même direction, court l'Oued Dahmen qui prend sa naissance au Sidi Reghis et se perd aussi dans l'Oued Charef.
Enfin vient l'Oued Trouche qui commence au Djebel Guera et verse également ses eaux dans l'Oued Charef.
Au sud-est et à l'est se présente l'Oued Meskiana qui sort du Djebel Toukma et va se perdre dans l'Oued Mellag après un parcours de 30 Kilomètres.
Au sud se trouve l'Oued Nini et l'Oued Oulmane qui vont dans le lac du Tarf. Enfin il y a à l'ouest l'Oued Djedid qui prend fin dans le lac Guelif.
Après ces rivières viennent les lacs. Ces derniers sont au nombres de trois ; ils s'appellent Tarf, Guelif et Hank el-Djemel. Situés a environ 36 Kilomètres au sud-ouest d'Ain-Beida, ils sont formés par l'accumulation de l'eau des ruisseaux ou de l'eau pluviale qui y tombe est ne trouve pas d'issue.
Trois immenses salines naturelles sont les lacs que nous venons de nommer, lesquels renferment un dépôt prodigieux de chlorure de sodium. Le Tarf surtout qui n'est autre chose qu'un marais salant, contient une telle abondance de sel que les eaux pluviales qui se jettent dans son sein arrivent à leur maximum de saturation (27 p. 100 de sel) sans avoir pu dissoudre tout le sel qui s'y est accumulé. Par les grandes chaleurs de l'été, cette eau s'évapore et abandonne une riche couche de sel que les Arabes vont ramasser pour leur besoins pendant l'hiver.
Il n'y a pas d'eau thermales. Il existe cependant une cavité semblable à un silos d'où s'échappe de la vapeur chargée de gaz. Ce troue est situé chez les Arba m'tà Mtoussa. Les Arabes l'appellent El-Kounif ; ils se rendent dans cet endroit pour y prendre des bains de vapeur lorsqu'ils sont atteints de maladies de peau ; au sortir de cette fumigation, ils courent se laver dans un ruisseau nommé Oued si Mérris ; ils attribuent à ce bain de vapeur suivi d'ablutions froides, des propriétés merveilleuses et surtout la cure de leur affections cutanées.
Les bassins qui surgissent au-dessus des trois lacs précités forment des cahots qui sont souvent inondés en hiver et qui, au printemps, fournissent quelques bons herbages pour les troupeaux ; la surface totale de se bassins est d'environ 6,000 hectares carrés ;le terrain en est également impropre à la culture ; ils ne peuvent être utilisées que comme marais salants ou pour les pâturages du printemps.
On trouve au Djebel Sidi Regh'is, à 40 Kilomètres ouest d'Ain-Beida un amas cuprifère dont les échantillons donnent jusqu'à 14 pour 100 de bon cuivre. Sa cassure est soyeuse et sa malléabilité est irréprochable. Le minerai est formé de sulfure de  cuivre au milieu duquel il y a des traces de sulfure d'arsenic, de sulfure d'antimoine et de sulfure de fer.
Cette mine a été exploitée par les romains dont on peu suivre encore l'allure des travaux d'extraction. Ils ont procédé d'abord à ciel ouvert, puis par galeries avec puits. Les amas d'anciens déblais faits par ce grand peuple sont fort considérables.
Un gîte d'antimoine très considérable et très riche existe au Djebel Hamimet à 42 Kilomètres ouest-nord-ouest d'Ain-Beida.
Il se trouve au Djebel Garça à 48 Kilomètres, une mine de plomb argentifère qui a une grande analogie avec le minerai d'Oum-Tabout prés de la Calle. Au Djebel, Tafrent situé a environ 49 Kilomètres sud, est un gisement de sulfure de fer. Il existe en outre du zinc qui se rencontre à El-Hamimet, Harkou chez les Sellaoua.
Les essences dominantes qu'on rencontre dans les parties boisées sont le chêne vert, le genévrier et le pin d'Alep.
Le territoire d'Ain-Beida a une hauteur moyenne de 1,200 mètres au-dessus de la mer ; il est un des hauts plateaux de la région centrale de la province et pour y arriver en venant de l'ouest, du nord ou de l'est, on est contraint de monter de chaîne en chaîne, de terrasse en terrasse, jusqu'aux plaines supérieurs qui constituent le haut plateau de Ain-Beida. Ce même plateau a environ 377 Kilomètres ; il s'abaisse un peu du côté de l'Oued Meskiana et affecte la figure d'une presqu'île qui se rattache vers le sud aux montagnes des Aurès. En un mot le cercle d'Ain-Beida est une immense plate-forme placée sur un rempart titanesque, c'est-à-dire une excellente position militaire d'où l'on peut dominer tous les pays circonvoisins.
Une route en voie d'exécution va d'un côté de Ain-Beida à Constantine et de l'autre d' Ain-Beida a Tebessa, autrement dit, elle sera la grande voie qui reliera Constantine à Tebessa en passe par Ain-Beida qui se trouve à peu prés à moitié chemin entre ces deux villes. Le tracé de cette route a été facilement établi car elle avait peu d'obstacles à surmonter. Ces obstacles se trouvaient au passage des Chebka, à Ain Chedjra et à Halloufa. Partout ailleurs elle traverse de vastes plaines et ne franchit que de faibles ruisseaux.
Nous ne signalerons que pour mémoire les nombreux chemins ou sentiers arabes allant d'Ain-Beida à Khenchela, à Souk Ahras et même à Constantine, par   lesquels on pourrait au besoin porter rapidement une colonne chez les Nememcha, dans l'Aurès, ou sur tel point de la frontière tunisienne qui viendrait à être menacé.
Si la ligne ferrée projetée pour relier Tebessa au littoral est un jour exécutée, le commerce d'Ain-Beida atteindra un grand développement par l'exportation facile et rapide des céréales, moutons, laines et autres productions du pays.
Les Harakta et les Kherareb qui précédemment vivaient plutôt en pasteurs nomades et qui ne cultivaient que les céréales strictement nécessaire à leur substance, ont fini par apprécier les bénéfices immenses que pourrait leur procurer l'extension de leur cultures ; dès lors, ils se sont mis à défricher avec ardeur et sans interruption.
On compte d'Ain-Beida à Constantine, 128 Kilomètres.
- A Tebessa 119
- A Batna     132
           Le cercle d'Ain-Beida appartient à la subdivision de Constantine et a été constitué le 23 septembre 1852. Il est occupé par les Harakta et les Kherareb, tribus qui, en majeure partie sont de race berbère mêlée avec la race arabe. Ce mélange n'a pas altéré d'une manière sensible le type national du berbère primitif. Sa tête est moins allongée que celle de l'arabe pur, ses traits sont plus courts, ses cheveux généralement blonds, son caractère indépendant et ses instincts belliqueux.
A défaut d'autres indices qui trahiraient l'origine de cette population, le dialecte Chaouia qui leur sert de langage suffirait à lui seul pour l'établir d'une manière non douteuse. Comme le Kabyle, le Chaoui son frère est plus superstitieux que religieux. Il ne pratique à proprement parler aucune espèce de culte et se borne à quelques pratiques extérieures de la religion musulmane qu'il a apprises par tradition. Chez lui l'étude de la religion est à peu prés nulle. Aussi vit-il dans l'ignorance la plus complète des préceptes du Coran et ses idées religieuses sont-elles des plus confuses.
Par une anomalie qu'il est difficile d'expliquer, les indigènes du cercle d'Ain Beida qui, par le fait, sont de très imparfaits musulmans, sont affiliés en grand nombre à des sociétés religieuses, ce qui toutefois ne change rien à leurs allures ordinaires. Il y a chez eux trois associations religieuses ; celle qui a le plus d'affilies et celle des Khouans de Sidi Abd er-Rahman. La seconde est celle des Khouans Tidjania ; enfin d'autres sont Khouans de l'ordre de Khangat sidi Nadji. La prise de la rose est chez eux plutôt une affaire de mode qu'une profession de foi. Il se font Khouans par convenance et par respect humain.
Le chiffre de la population indigène du cercle est d'environ 30,000 âmes répartie dans les tribus des Kherareb et des Harakta qui se subdivisent elles-mêmes en grandes fractions de tribus.
" Sous le nom collectif de Harakta sont :
- Les Oulad Khanfer, d'origine arabe ;
- Les Oulad Amara, venus de l'Aurès ;
- Les Oulad Sïouan, d'origine arabe ;
" Les Kherareb comprennent : 
- Les Sellaoua, se disent être venus de la Syrie ;
- Les Oulad Daoud, originnaires de l'Aurès ;
- Les Oulad Bou Afia,
- Les Ouled Si Amer, venus des Rir'a de Setif ;                                             
- Les Oulad si Moussa , venu de l'Aurès ;
- Les Sedrata, ancienne population du Sahara ;
- Les Oulad Gassem , venus de l'ouest ;
- Les Beni Oudjana, venus de l'Aurès ;
- Les Zenagas, descendent des Sanhadja ;
- Les Oulad Aiad, se disent descendant du marabout sidi Mabrouk de Constantine ;
- Les Nouadria, issus d'un marabout marocain ;
- Les Oulad Melallah, originaires des Beni Abbas des portes de fer ;
- Les Mahatla, venus de l'Aurès ; dont nous verrons le nom se reperd souvent en faisant l'historique du pays.
      Les Romains ont laissé dans la région d'Ain Beida un nombre considérable de ruines, et des découvertes récentes ont démontré que la grande voie de communication qui de Carthage(Tunisie) se rendait à Caesarée(Cherchell), traversait les plaines des Harakta où ont été constaté les vestiges de station importante. Nous nous  bornerons à celle de Vatari (prés de Fedj Souioud sur le versant nord-nord- est du djebel Terraguelt ) et celle de Gazaufala (à ksar sbehi ), on sait que Gazaufala est célèbre par la révolte de Stozas contre l'empereur Justinien.
      Le pays du suivre la fortune du reste de l'Algérie et nous n'avons aucun autre  fait particulier à signaler pour la période romaine et byzantine.
      Les romains avaient construit des forts habilement placés pour s'assurer la tranquille possession de leur conquête. Les principaux de ces forts étaient placés à Gala, Oum el-Bouagui, Moulabeir, -Metoussa, Ksar Bar'ai et au Kounif.
      La tranquille possession de leur conquête. Les principaux de ces forts étaient Placés à Gala, - Oum el-Bouagui,- Moulabeir, - Metoussa ,- Ksar Baghai et au Kounif.
      A l'époque de l'invasion musulmane, le fond de la population qui habitait Toute la région de nos cercle actuels d'Ain Beida et de Tébessa, appartenait à la tribu berbère des Haouara. Vers le milieu du ve siècle de l'hégire, les Arabes nomades de la tribu des Soleim passèrent en Afrique et le gouvernement Hafside les établit plus tard dans tout le pays compris depuis le golf de Gabès jusqu'auprès de Bône. Une famille soleimite due les Kaoub obtint en fief les terres qui entouraient une ancienne ville romaine nommée Ghabba (l'antique Caput Vada). Les membres de cette famille acquirent une grande influence d'abord religieuse puis politique sur le reste de la tribu ; dès-lors refusant tout acte de vasselage vis-à-vis des souverains Hafsides de Tunis, ils se déclarèrent indépendants vers le xive  siècle de notre ère et prirent le nom de leur pays d'adoption, d'est à dire Chabbia ou les gens de Chbba. La confédération des Chabbia étendit donc sa puissance depuis l'ifrika, jusqu'aux environs de Constantine (Oued Roumel sur les bords duquel ils venaient souvent camper) et depuis les Ziban jusqu'aux littoral de la Calle.
      Il furent souvent en lutte contre les souverains de Tunis, mais à la suite de guerres malheureuses et de bouleversements politiques comme il devait souvent s'en produire au xvie  siècle, alors que les états barbaresque commençaient à décliner pour faire place aux Turcs ; d'autre familles influentes , lasses, sans doute, de leur rôle secondaire, se mirent à la tête de partisant, qui sous le nom de Hanencha, Nemamcha, Harakta, Segnia ou simplement de Kherareb (les fractions) réussirent à s'affranchire de la suprématie des Chabbia . Il se produisit alors un mouvement de refoulement entre toutes ces tribus livrées à elles-même. Quant aux Harakta qui entourent notre ville d'Ain-Beida, on les désigna par le nom de la branche des Soleim conquérant qui était venue s'implanter sur territoire et qui portait le nom de son chef Harkat que nous retrouvons dans Ibn Khaldoun, le père de l'histoire africaine . Les Soleïm avaient fini par se mélanger à un tel point avec les berbères Haouara, qu'il avaient conquis, que bientôt ils furent complètement confondes et assimilés par les mœurs et le langage . De nombreuses familles Haouara qui, au moment de l'invasion musulmane, s'étaient réfugiées dans les montagnes de l'Aurès, voyant la fusion qui se produisait entre les vainqueurs et les vaincus, descendirent de leur retraite, c'est ce qui explique la synonymie de nom et les liens de parenté qui existent encore de nos jours entre certaines fraction de la plaine d'Ain-Beida et d'autre fractions résidant toujours dans l'Aurès.
      Les Haouara avaient adopté la religion de leurs premiers conquérants les Romains et professaient encore le christianisme au moment de la première invasion musulmane. Il y avait aussi parmi eux beaucoup de juifs, ou du moins d'individus professant la religion de Moïse, le culte chrétien disparut rapidement pour faire place à l'islamisme ; mais les juifs pratiquèrent encore longtemps leur rites. Il y a moins d'un siècle, on rencontrait encore beaucoup de douars juifs chez les Harakta et les Hanencha.
       Plusieurs tribus du cercle d'Ain Beida qu'il est facile de trouver étaient désigner aussi par Aouassi du nom d'un de leurs anciens chefs nommé Aissa.
       Quoiqu'il en soit, les Chabbia après avoir été vaincus dans plusieurs combats sanglants, les Harakra se constituèrent en une sorte de république indépendante fort-redoutée de ses voisins qui leur payaient- presque  tous un tribut pour avoir la paix.
       Quand les Turcs  se furent emparés de Constantine, ils firent des avances aux Harakta et sollicitèrent leur alliance. Voici  ce que la tradition raconte sur les événements qui se passèrent à cette époque : Après que les Turcs eurent mis garnison à Constantine, des détachements de leurs troupes se rendant fréquemment de cette ville à Alger, passaient par les Bibans à l'ouest de la Medjana, et payaient un droit de passage aux Oulad Mokrane, seigneurs féodaux de cette contrée . Un membre de cette noble famille fut assassiné par ses frères qui voulaient percevoir seuls à leur profit ma redevance coutumière payée par les Turcs.
       Les fils du cheikh assassiné étant devenus hommes. assistaient un jour au passage d'une colonne turque et au versement entre les mains des chefs du pays, de la somme exigée. En rentrant  chez eux, ils rapportèrent à leur mère ci qu'ils avaient vu. Celle-ci, fondant en larmes, raconta à ses enfants que leur père présidait jadis à cette opération, et qu'il avait été tué par jalousie. Les jeunes gens voulant alors venger leur père, tuèrent à leur tour le cheikh du pays, puis s'éloignèrent  avec leur mère. Les fugitifs se rendirent chez les Harakta dont le chef était alors un nommé  Chibout. Deux d'entre eux étant assez instruits, devinrent les précepteurs des enfants de la tribu et on les désigna par Oulad Oumet-Allah  (les enfants de la servante de dieu- que par abréviation on a prononcé depuis Metallah.
       Chibout satisfait des services de jeunes gens, donna sa fille en mariage à l'un d'eux, en même temps qu'il l'associait au gouvernement de la tribu des Harakta.
       A la mort de Chibout, son gendre le remplaça. Après quelque années de son administration, la tribu des Harakta devint l'une des plus riches et des plus puissante de la contrée, elle pouvait sans peine mettre en ligne un goum de quinze cents cavaliers.
       Ses pâturages s'étendaient au loin jusqu'au pied des montagnes des Amamra de l'Aurès.
       Les ben Merad, cheikhs des Guerfa, ayant eu la hardiesse d'attaquer les Harakta pour leur ravir une partie de leurs pâturages, éprouvèrent un terrible échec aux environs de Tamlouka et perdirent un grand nombre de leurs cavaliers.
       Les Harakta eurent aussi à repousser les Nemamcha qui étaient venus envahir leurs cultures aux environs du Tafrent. On se battit à l'endroit nommé Nini, les pertes furent considérable de part et d'autre, néanmoins les Harakta restèrent maîtres du terrain. Le mérite de tous les succès obtenus jusqu'alors, revenait au fils de Metallah dont la réputation de bravoure chevaleresque se répandit dans le pays. A cette époque, les Turcs de Constantine cherchant à étendre leur influence dans la province, le bey attira Ben Metallah auprès de lui, le combla de cadeaux, et lui remit un burnous d'investiture. Les Harakta, apprennent l'acte de soumission auquel s'était abaissé leur chef, entrèrent en fureur et le massacrèrent. Ils lui donnèrent pour successeur un Ouled Amara, puis ensuite un Ouled Siouan (les noms sont ignorés), puis ils continuèrent à élire leurs gouvernants.
       A une époque qui remonte à environ 150 ans, un  bey de Constantine eut l'adresse de faire donner par élection le commandement des Harakta à l'un de ses fils qui prit le titre de caïd el-Aouassi, c'est -à dire des descendants d'Aïssa, nom de leur premier chef lorsque la tribu se forma. Dés lors les Harakta furent soumis aux Turcs, ils devinrent tribu Makhzen comme apanage de l'un des membres de la famille du bey régnant.
       Néanmoins leur caractère indépendant se révéla mainte fois, et les Turcs durent faire contre eux de fréquentes expédition. Quelques fauteurs de troubles affirmèrent un jour à leur caïd, fils du bey, que la tribu, mécontente de son autorité, avait comploté sa mort. Au lieu de chercher à connaître l'exactitude de cette dénonciation, le caïd ordonna d'arrêter quelques notable désignés comme les principaux menems de la tribu, et les fit décapiter ensuite. Aussitôt la tribu se révolta. Les Harakta repoussèrent avec succès une première colonne lancée contre eux mais craignant une nouvelle attaque plus sérieuse. Ils transportèrent tous leurs douars chez les Nememcha qui leur avait promis leurs alliance.
       Pour mettre fin à ces hostilités préjudiciables au pays, le bey leur proposa l'aman en leur envoyant son chapelet comme gage de paix, moyen en usage en ces circonstances. Les Harakta rentrèrent alors dans leurs cantonnements. Depuis une année la tribu commençait à jouir des bienfaits de la paix, quand survint un événement qui bouleversa encore une fois le pays.
       Le caïd el-Aouassi s'était rendu dans la tribu pour régler la perception de l'impôt ; il se trouvait dans sa tente causant avec plusieurs cheikh, quant tous à coup une décharge de coups de fusil atteignit le groupe en conférence. Un des cheikhs et quatre secrétaires furent tués. Les agresseurs étaient composés de tous les mécontents de la tribu qui refusaient de payer leur impôt. Immédiatement toute la tribu plia bagages et se retira vers les Amamra au pied de l'Aurès.
       Cependant le caïd el-Aouassi, échappé miraculeusement à cette brusque attaque, rentra à Constantine et rendit compte de ce qui s'était passé. Une colonne fut organisée, tous les auxiliaires des tribus voisines fournirent leurs contingents, et on se mit en marche contre les rebelles. Les Harakta surpris dans leur campement, furent entourés, soixante des principaux meneurs, décapités devant leurs frères. Leurs tètes envoyées à Constantine restèrent exposées plusieurs jours sur les remparts de la ville.
Cette sévère leçon mit fin pendant quelque temps à l'humeur batailleuse des Harakta.
       Un bey de Constantine épousa quelque années plus tard une fille des Oulad bou Diaf, famille féodale de l'Aurès. Un groupe de gens du bey escortait la fiancée se rendant à Constantine ; arrivés sur le territoire des Harakta et des Kherareb, les cavaliers de ces tribus montèrent à cheval et se portèrent à leur rencontre pour rendre hommage à la jeune femme ainsi qu'au haut fonctionnaire du bey qui l'accompagnait. Ils les escortèrent en faisant la fantasia pendant une journée. Au moment de ce séparer, un des cavaliers Harkati s'écria brusquement : comment se fait-il que nous ayons escorté et fait honneur à une femme qui ne-nous a pas même donné la satisfaction de voir sa figure ! Sa réflexion trouva de nombreux approbateurs qui s'approchèrent de la litière et la jeune fille dévoilée malgré sa résistance put être contemplée par tous.
       L'agent du bey était très contrarié de ce manque de convenance si contraire aux usages établis, mais il ne se serait pas hasardé à manifester son mécontentement au milieu d'une troupe si nombreuse. A son arrivée à Constantine, il ne manqua pas de tous raconter à son maître. Le bey infligea une amende de cent douros à la tribu des Oulad Daoud à laquelle appartenait l'arrogant cavalier qui avait eu l'idée de mettre en vue la figure de sa fiancée. Cette amende de cent douros frappée au début pour une faute commise, finit par être perçue régulièrement comme une sorte d'impôt. La cinquième année, les Turcs percepteurs arrivèrent au milieu des douars avant le jour en tirant des coups de fusil pour annoncer leur présence. Le bruit de la poudre effraya tous le monde, on se crut attaqué et on riposta à coups de fusil dans l'obscurité. Une  quinzaine de Turcs furent tués et les autres jugèrent dés lors prudent de battre en retraite, croyant les Oulad Daoud en pleine révolte. Ceux-ci revenus de leur première émotion et à l'aspect des cadavres des janissaires tués, gisant prés de leurs tentes, comprirent que le Bey ne tarderait pas à tirer vengeance de la mort de ses soldats, et décampèrent immédiatement.
       Le bey, voulant en effet punir cet acte de rébellion, ordonna à Ben Merad, cheikh des Guerfa, d'aller razzier les Oulad Daoud, ce qui eût lieu peu de jours après.
Mais tous les kherareb et les et les Harakta s'unissant à leurs frères les Oulad Daoud, prirent une revanche éclatante en tombant sur Beni Merad lui-même  dont ils enlevèrent la femme nommée Oum en-Noun. Le Daoudi qui s'en empara commença par la dépouiller de tous ses vêtements et après lui avoir frotté le corps avec du crottin de cheval la renvoya dans cet état à son mari.
       Depuis lors, chaque fois qu'un homme du cercle d'Ain Beida veut injurier un Guerfi, il lui dit : " Où est donc Oum en-Noun, la femme de ton chef, que nous la parfumions comme une vache.
       Les hostilités continuèrent néanmoins, et dans la lutte les Guerfa furent refoulés jusqu'à Anouna, sur la route de Guelma, après avoir perdu une cinquantaine de leurs meilleurs cavaliers.
       La grande fraction des Oulad Daoud devint très puissante et voulut imposer ses volontés sur ses voisins, mais tous se liguèrent pour l'écraser et la confédération des Harakta et des Kherareb continua à vivre, en quelque sorte, en république comme par le passé.
       Ibrahim Bey el-Gritli organisa également une colonne pour châtier les Harakta qui  renouvelaient leurs incursions chez les tribus voisines et plus faibles. On les surprit dans le djebel sidi Rghiss où ils s'étaient retranchés. Ne pouvant résister aux attaques simultanées de deux colonnes abordant la montagne l'une à l'est et l'autre à l'ouest, ils demandèrent l'aman au bout de quatre jours.
         En une autre circonstance, El-Hadj Ahmed bey, mécontent des Mahatla, alla camper au milieu d'eux en leur promettant le pardon de leurs fautes passées . les principaux de la tribu vinrent au nombre de soixante-quinze pour le saluer. Le bey ordonna de les saisir tous sans exception et leur fit tranchet la tête .
        Quelque mois avant notre première expédition de Constantine, El-Hadj Ahmed bey, nomma El-Hadj Hussein, son fils adoptif, Kaïd el-Aouassi, poste qu'il avait occupé lui même dans sa jeunesse. Mais El-Hadj Hussein mourut, et le bey ne voulant pas laisser tomber en désuétude un droit acquis par ses prédécesseurs  se fit représenter à la tête des Harakta et des Kherareb par un de leurs chefs influents, le cheikh Redjem ben Ali des Oulad  bou Zeid (famille des Benbouzid**), Redjem fut tué pendant la retraite de notre première expédition de Constantine où les Harakta se firent remarquer par leur ardeur et nous causèrent beaucoup de mal entre Ras  el-Akba et sidi Tamtam. Il fut remplacé par son oncle El-Arbi ben Mohammed bou Zeid. Celui-ci conserva des intelligences secrètes avec El-Hadj Ahmed. bey, il se montra toujours hostile à notre cause et amena contre sa tribu l'expédition du général. Négrier, et celles beaucoup plus sérieuses de M. le général Galbois dont nous allons parler. C'est la troisième expédition dirigée contre eux qui soumit réellement cette contrée à la France.
         La stupeur causée chez les Arabes par la prise de Constantine, détermina plusieurs tribus à faire des ouvertures de soumission à l'autorité française, pour détourner l'orage qu'elles craignaient de voir éclater chez elles, gagner du temps et pouvoir observer la marche des événements ; parmi ces tribus se trouva celle des Harakta, mais cela ne l'empêcha pas de nous être très hostile, car l'ex bey qui s'était réfugié dans l'Aurès après la chute de sa capitale, ne cessait d'agiter les tribus dans l'espoir de rétablir son autorité avec l'aide des partisans qu'il y avait conservés.
         Le général Négrier, voulant mettre un terme à cet état de chose, partit de Constantine le 28 avril 1838 pour visiter les Harakta et prévenir une prise d'armes chez eux. Il bivouaqua dans la plaine de Tamelouka et s'arrêta au-delà de cette plaine, sur un affluent de l'Oued Charef. La colonne y séjourna les 3 et 4 mai, puis retourna vers Constantine. Le général Galbois étant venu prendre le commandement de la province, jugea qu'il était indispensable de diriger une nouvelle expédition contre les Harakta qui continuaient à se montrer très remuants et fort dévoués à El-Hadj Ahmed bey .
          Un nommé El-Hadj Taïeb servait à cette époque d'intermédiaire entre l'autorité française et les Harakta. Ceux-ci l'assassinèrent pour rompre, disent-ils, toutes relations avec les Français qu'il fallait chasser du pays . Le général Galboi partit donc le 8 septembre 1839, avec 2 bataillons, 100 chasseurs d'Afrique, 2 pièces de montagne, le bataillon turc et les spahis. La colonne prit position à Mordj Kahil, chez les Sellaoua. Les Harakta se retirèrent sans coup férir,
et l'une de leurs fractions, les Oulad Amara, qui avait suivi l'ex bey de Constance, demande et obtint de rentrer dans son pays. Le général Galbois, ayant reçu du gouverneur l'ordre de se porter rapidement sur un autre point de la province où sa présence était urgente, fut obligé de se retirer ; il nomma pour Kaïd des Harakta, si Ali ben ba-Ahmed, personnage énergique et influent des Zemoul, ancien Kaïd sous les turcs et qui nous rendait de grands services depuis qu'il s'était dévoué à notre cause. Le général Galbois abandonna donc les Harakta pour se rendre du côté des Biban, les portes de fer ; toutefois il laissa sur l'Oued Gouroun des troupes sous les ordres du lieutenant-colonel Bourgon. Cet officier reste dans son camp jusqu'à la fin de décembre et fit rentrer 30,000 boudjous de l'impôt.
Au mois de mai 1840, le cheikh investi par nous. Bou Akel, ayant été assassiné par les Oulad Bou Aziz, le général Galbois voulut tirer satisfaction de se meurtre. Il fit partir le colonel Bourgon avec 1,200 hommes et le goum de Si Ali ben ba-Ahmed qui avait été investi du titre da Khalifa de l'est. Les Oulad Bou Aziz furent cornés, on leur prit leurs troupeaux et on les força de livrer les principaux coupables qui furent décapités. Vers la fin de mars, un certain nombre de cavaliers des Harakta voulurent venger l'échec éprouvé par ces même Bou Aziz ; ils eurent un engagement avec les troupes de camp de sidi Tamtam que nous avions établi pour protéger la route entre Bône et Constantine. Une grande agitation s'était manifestée parmi les Harakta, chez lesquels l'ex bey se hâta d'accourir.
Le général Galbois instruit de ces faits, vit qu'il été indispensable d'en finir avec les Harakta. Vers le 10 mai 1840, il sortit de Constance avec une partie du 61e, du 22e, les turcos, toute la cavalerie disponible et alla camper à Ain Babouche, au pied du Djebel Sidi Regh'is, où il fut rejoint par le général Gringret avec tout ce qu'il avait pu amener de troupes de la subdivision de Bône.
Les Harakta avaient pris la fuite à l'approche de la colonne expéditionnaire. Le général se mit à leur poursuite. Le 18, après avoir laissé 600 hommes à Ain Babouche, pour garder les bagages, on alla coucher à Ain Beida, le 19 on bivouaqua à Ain Chedjra et le 20, on parvint à l'Oued Meskiana. Cette rivière séparait les combattants. Notre cavalerie la franchit immédiatement et aborda l'ennemi avec la plus grande résolution. L'action devint de plus en plus vive. Le lieutenant Lepic, digne fils d'un des plus braves généraux de l'Empire, tomba frappé mortellement en entraînant ses cavaliers à la charge. Le lieutenant de Premouville fut atteint de deux coups de feu à bout portant, plusieurs spahis furent tués à ses côtés. Le reste de la cavalerie arriva heureusement au galop, entament la charge et poursuivit l'ennemi pendant plusieurs lieues.
Toute la Valée de Meskiana était couverte d'une immense quantité de troupeaux qui furent capturés. L'infanterie qui n'avait pu suivre le mouvement rapide de la cavalerie, ne prit aucune part à cette affaire, elle bivouaqua sur la rive gauche de l'Oued Meskiana.
Le combat avait eu lieu sur l'emplacement même ou trois jours auparavent les Harakta avaient donné une fête à El-Hadj Ahmed bey, qui resta presque témoin de leur défaite sans oser venir a leur secours. Ils étaient là sur les limites de leur territoire et ils ne croyaient pas possible qu'une colonne française vint les chercher aussi loin.
Le 21, la colonne se remit en marche pour se rapprocher de Constantine et ramener les 80,000 têtes de bétails pris sur l'ennemi. Le Cheikh de la fraction des Oulad Said, auxquels appartenaient une partie des troupeaux enlevés, se présenta au général avec les plus grands de sa fraction pour demander l'aman et promettant une entière soumission à tout ce qu'on exigerait d'eux. Mais a peine eurent-ils quitté la colonne que celle-ci fut harcelée par 6 ou 700 cavaliers des Harakta au milieu desquels se trouvait l'ex bey El-Hadj Ahmed.
Deux escadrons de chasseurs et plusieurs compagnies d'infanteries placées en tirailleurs et marchant toujours dans un ordre parfait soutinrent la retraite. L'ennemie essaya à plusieurs reprises de gagner la tête de colonne dans l'espoir de mettre le désordre dans l'immense convoi qui emmenait les troupeaux, mais il fut contenu à distance et après avoir tiraillé vainement pendant quelques heures, il cessa de poursuivre. La colonne toucha à Ain Aouassa, à 3 lieues Ain Chedjra, et le lendemain à Ain Babouche.
Le vigoureux coup de main dirigé contre les Harakta rendit cette tribus moins remuante et plus circonspecte ; elle se soumit, mais malgré cette sévère leçon on fut obligé d'envoyer chaque année une colonne à Ain Beida pour percevoir les impôts.
Les Harakta restèrent à peu prés tranquilles pendant douze ans, mais le 5 juin 1852, profitant de la vaste conspiration qui avait été ourdie contre nous dans la province de Constantine, ils prirent les armes et allèrent assiéger les deux Bordjs construits par nous à Ain Beida, dans lesquels on avait mis une petite garnison. Le 2 juin la nouvelle de l'insurrection se répandait dans tout le pays ; les populations obéissant à l'entraînement général se réunirent sous les ordres de quelques hommes entreprenants qui résolurent de marcher sur Ain Beida.
Le capitaine d'artillerie Bonvalet était commandant supérieur du cercle. Il n'ignorait pas les dispositions hostiles des Harakta et était même exactement informé de leurs projets. Mais il n'avait à leur opposer que l'escadron de spahis sous les ordres du capitaine Valéry, formant à lui seul toute la garnison.
Le capitaine Bonvalet donna avis de sa position à Constantine et à Batna et se mis en communication avec les deux colonnes Ameil et Tabouriech qui se succédèrent sur l'oued Charef.
L'attaque commença le 6 juin au matin. Plus de 1,000 cavaliers et de 2,000 fantassins se présentèrent sur les hauteurs qui entourent Ain Beida et ouvrirent une fusillade extrêmement vive. Il s'agissait de les maintenir à distance en leur opposant la force d'inertie derrière les murailles du Bordj du commandant supérieur et de celui du Khalifa Ali.
La garnison et les indigènes étrangers à la révolte se concentrèrent dans ces deux habitations d'où les mouvements des rebelles étaient attentivement surveillés.
Ain Beida est situé au pied d'un vaste amphithéâtre formé par les derniers contreforts compris entre l'Oued Meskiana et l'Oued Mellague ; mais à une distance qui donne un défilement plus que suffisant. Une garnison proportionnée au développement des murailles des deux Bordjs, des vivres et des munitions, jamais les Arabes avec leurs moyens d'attaque n'auraient su compromettre l'existence des défenseurs.
Le 6, à midi, les rassemblements grossissent et compliquent la situation de la garnison en attaquent les tentes formant la Zemala du Khalifa Ali et des marchants juifs du fondouk. Le lieutenant de spahis Mathias fait alors une sortie avec son peloton et une dizaine d'hommes du goum ; il devait repousser les assaillants et prendre les hauteurs pour juger plus aisément la position. Cette reconnaissance fut vivement poussée jusqu'à Ain Beida Ser'ira ; les Harakta prirent la fuite et ne revinrent qu'au moment de la retraite. Quelques coups de fusil échangés à ce moment ne blessèrent qu'un spahis.                           
Le 7, le 8 et le 9 l'attaque se ralentit. Le 10, des groupes se formaient à distance pour discuter et prendre une résolution définitive. Convenus de leur impuissance et désespérant de voir sortir de nouveau les assiégés, ils s'éloignèrent et regagnèrent leurs tentes.
Cependant 400 cavaliers environ des plus intrépides, à la nouvelle de la marche des colonnes d'observation sur l'Oued Charef, résolurent d'aller à leur rencontre, mais se projet avorta encore par impuissance ou indécision.
Le 11, le colonel Desvaux arrivait de Batna à Ain Beida avec deux escadrons et 40 voltigeurs de la légion étrangère montés sur des mulets. Il venait de la maison du commandement de Khenchela où il avait laissé le reste de son infanterie à la garde des vivres. Sa marche rapide dissipa tous les rassemblements.
Le lendemain, le colonel Tarbouriech arrivait d'El-Garça avec un escadron de chasseurs et un bataillon d'infanterie. Tout était terminé, l'insurrection des Harakta était étouffée dans son foyer.
Un bataillon de la légion et corps de la cavalerie ayant à leur tête le général d'Autemaire, accouraient à marches forcées des environs de collo, et arrivaient à leur tour, le 19, sous les murs d'Ain Beida devenu le point de concentration des troupes. Restaient à punir les Oulad Mahmoud qui s'était considérablement compromis pendant toute cette période de la révolte par leurs manifestations hostiles. Le capitaine Bonvalet marcha contre eux avec 300 chevaux et après avoir fait sa jonction avec le colonel Desvaux et le général d'Autemaire, les troupes réunies opérèrent une razia, le 30 septembre, sur les douars des Oulad Mahmoud. Les Harakta, craignant la juste sévérité du général, tombèrent dans l'épouvante et demandèrent grâce. On leur infligea une amende de 360,000 francs payables en huit jours, ainsi que l'impôt.
Depuis lors, les Harakta se conduisent très bien, ils payent leurs redevances sans difficulté et sans qu'il y ait jamais plus été nécessaire d'appeler des troupes pour exercer sur eux une pression morale.
En 1856, le goum des Harakta, sous les ordres de M. le lieutenant de Saint-Mars, a vaillamment fait la compagne contre certaines fractions des Nemencha encore insoumis à l'autorité française.
Enfin en 1871, au moment où la défection commençait à se produire dans nos tribus, ces mêmes goums ont résolument combattu et repoussé le chérif et le fils d'Abd el-Kader qui avaient pénétré sur notre territoire par la frontière tunisienne.
Revue africaine, 16e année, N° 96. (Novembre). L.Charles Féraud